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Le multiculturalisme zélé de Philippe Couillard

Couillard est en rupture avec la tradition libérale en ce qui a trait à l’identité

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Il y avait longtemps qu’on n’avait pas lu une déclaration ayant autant de mordant que celle de la seule musulmane à l’Assemblée nationale, la libérale Fatima Houda-Pepin ...

Il y avait longtemps qu’on n’avait pas lu une déclaration ayant autant de mordant que celle de la seule musulmane à l’Assemblée nationale, la libérale Fatima Houda-Pepin : « Suis-je encore dans le Parti libéral d’Adélard Godbout ? (...) Suis-je encore dans le Parti libéral de Marie-Claire Kirkland ? »

Le premier a accordé le droit de vote aux Québécoises en 1940, alors que la seconde faisait adopter en 1964 la Loi sur la capacité juridique de la femme mariée.

Tradition libérale

Mme Houda-Pepin aurait pu ajouter: suis-je encore dans le Parti libéral de Robert Bourassa et de son combat pour la société distincte québécoise au sein du Canada? Car sa sortie fait ressortir à quel point son chef, Philippe Couillard, est en rupture avec la tradition libérale en ce qui a trait à l’identité.

Trente et un ans après la constitutionnalisation du multiculturalisme canadien en partie pour “ethniciser” la majorité francophone, Couillard assimile à de l’intolérance et de la xénophobie le refus des signes religieux, ne serait-ce que chez des symboles d’autorité comme les juges, les policiers ou les enseignants.

Son multiculturalisme zélé s’est révélé l’an dernier avec sa proposition de modifier le calendrier électoral pour accommoder une communauté juive qui n’avait rien demandé. Contrairement à beaucoup de libéraux et à la majorité des francophones, il apparaît incapable de se démarquer d’une idéologie déconnectée, pouvant se révéler incroyablement intolérante à l’égard de la spécificité québécoise dans ses aspects les plus modérés.

Nouveau credo multiculturel

C’est ce relativisme culturel tous azimuts dénoncé par Mme Houda-Pepin qui avait amené l’Ontario à envisager des tribunaux appliquant la charia islamique, projet dénoncé par l’Assemblée nationale sur proposition de la députée libérale.

Alors que Jean Charest se limitait à avoir peur de son ombre dans cette affaire, l’adhésion du chef libéral au nouveau credo multiculturel apparaît totale, l’empêchant de se rapprocher d’une majorité francophone lui faisant trop défaut.

Couillard est au diapason de ces élites totalement couchées devant l’ordre canadien issu de la Constitution de 1982 imposée au Québec. On se refuse, par exemple, à distinguer entre les droits, alors que le seul fait que certains sont constitutionnalisés et d’autres pas constitue déjà une hiérarchisation.

C’est une chose que de s’opposer à la charte de la laïcité péquiste. C’en est une autre de renoncer, comme le fait M. Couillard, à tout apport québécois dans ce dossier au Canada.

Le PLQ devrait au contraire s’appuyer sur la réalité d’ici pour inciter la Cour suprême à devenir plus réaliste. D’autres Canadiens désapprouvent ce critère totalement subjectif de «croyances sincères», devenu machine à transformer en droit religieux fondamental ce qui n’est souvent que des caprices identitaires et, parfois, des paravents à l’intégrisme.

Dans cette affaire, on savait le PLQ déconnecté des francophones. Le comble serait qu’il perde sa seule députée musulmane parce qu’elle lui dit qu’il fait fausse route...

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