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Un champion désemparé

Un champion désemparé
photo USA TODAY Sports, Stephen R. Sylvanie Georges St-Pierre a profité de ­l’entrevue publique d’après-combat pour exprimer son désir de ­s’éloigner de l’octogone.

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Il y avait quelque chose de désemparé dans les yeux de Georges St-Pierre après son combat contre Johny Hendricks. J’aurais pu employer le mot «désespéré» ou «désappointé», mais je pense que désemparé décrit bien ce qu’on a ressenti.

Il y avait quelque chose de désemparé dans les yeux de Georges St-Pierre après son combat contre Johny Hendricks. J’aurais pu employer le mot «désespéré» ou «désappointé», mais je pense que désemparé décrit bien ce qu’on a ressenti.

Le visage marqué par les coups reçus au deuxième round où Hendricks a presque réussi à le mettre hors de combat, St-Pierre était un homme vidé, épuisé. Peut-être en burn-out.

Quand il a dit: «J’ai laissé mon âme dans l’octogone, j’ai tout donné», j’ai été profondément ému. Laisser son âme dans un combat est sans doute la plus grande souffrance que l’homme puisse endurer. Parce que le vide est abominable. Horrible.

J’ai trouvé St-Pierre amoindri quand il est monté dans le ring. Il avait les traits émaciés et son corps n’affichait pas la même puissance que lors des combats précédents. Peut-être était-il surentraîné, ça arrive souvent.

Mais c’est dans la tête que ça n’allait pas. Et ça fait longtemps que c’est le cas. Georges St-Pierre a surmonté toutes ses peurs par la discipline et l’entraînement. Mais on ne surmonte pas vraiment les peurs, on les refoule. Elles restent enfouies dans l’inconscient.

Je l’écoutais en conférence de presse et je me rappelais la longue entrevue qu’il m’avait accordée pour le Journal lors de la publication de son livre. Il m’avait confié qu’il dormait la lumière allumée parce qu’il avait des peurs qu’il n’arrivait pas à contrôler pendant la nuit. Il avait eu un rire forcé et il avait lancé: «Si je disais ce que c’est, les gens croiraient que je suis fou.»

Hier, il l’a dit à Dana White et à Lorenzo Fertitta, le président et le copropriétaire de l’UFC dans les instants qui ont suivi sa victoire contre Hendricks: «Je ne dors plus, j’ai des idées folles dans la tête», a-t-il expliqué.

En fait, Georges St-Pierre a poussé la machine jusqu’à un sommet absolu. Il y a un prix à payer pour être l’athlète canadien le plus connu et le plus célébré dans le monde. Et un autre prix insensé pour se forger une personnalité d’airain que rien ne peut ébranler.

Tôt ou tard, l’inconscient se rebelle. Ça arrive à Georges. Il a eu raison de prévenir tout le monde qu’il entend prendre un long repos. Et qu’il avait pris sa décision dans l’octogone. En souffrant comme un dément pour réussir à gagner.

DANA WHITE : DE L’ESBROUFE

On a vu trois Dana White hier soir. Après le combat, j’étais avec Mathieu Boulay quand j’ai trouvé White dans un coin de l’aréna. Il était déçu par les propos de St-Pierre, mais c’était posé. L’attitude et les paroles d’un président d’entreprise.

«J’estime que Georges St-Pierre doit à l’UFC et à Johny Hendricks de défendre sa ceinture. Il ne peut pas nous laisser en plan de cette façon», nous a-t-il dit.

Et en discutant, il s’est demandé ce que pouvaient bien être ces problèmes personnels dont «GSP» avait parlé dans le ring. Rien d’agressif.

Puis, en conférence de presse, Dana White, le président, est redevenu Dana White le Régis Lévesque de l’UFC et il en a beurré épais. Puis, quand Georges St-Pierre est venu s’asseoir pour répondre aux questions, il s’est de nouveau calmé.

Il savait déjà que Georges St-Pierre avait besoin d’un long repos. Et sans doute d’un accompagnement médical ou psychologique. J’ai l’impression qu’on n’a pas la moindre petite idée de la torture que s’est infligée «GSP» pendant cette longue préparation. Les nuits blanches, les horribles peurs, les doutes.

Christophe Midoux savait, lui, quand il parlait de retraite pour Georges. Parce que Christophe, le mentor de Georges, partage son appartement depuis plusieurs mois déjà.

UNE VICTOIRE PAR UN POIL

Que des fans aient critiqué la décision majoritaire des juges ne me surprend pas. Le visage de St-Pierre était très marqué et il a pissé le sang à quelques reprises pendant le match. Mais en UFC, on ne juge pas un combat sur les marques.

Personnellement, je pense que c’est le premier round qui a fait la différence. Hendricks a clairement gagné et dominé le deuxième. C’est dans ce round qu’il a martelé le visage de St-Pierre qui subit facilement des ecchymoses, comme ses récentes victoires l’ont déjà montré.

Le troisième round est allé à «GSP» et le quatrième à Hendricks. Je pense que St-Pierre a facilement gagné le cinquième et dernier round. Quant au premier round, même les experts dans les sièges réservés aux commentateurs ne savaient pas trop comment le juger. Moi, j’avais St-Pierre, mon voisin immédiat, Hendricks et l’autre voisin à ma droite avait St-Pierre.

Si vous me demandez quel homme a été le plus dangereux dans l’octogone, je vous répondrai Johny Hendricks. Si vous me demandez qui a marqué le plus de points techniques, je vous dirai «GSP» par une faible marge.

C’est ce qu’ont vu les juges. Mais ils auraient voté Hendricks que personne n’aurait crié au vol. Ç’a été un combat cruel.

Après son deuxième combat contre Joe Frazier, combat qu’il avait remporté, Muhammad Ali était resté étendu dans le noir dans son vestiaire. Il avait écrit par la suite que, ce soir-là, il avait vu la mort.

Je ne sais pas ce que Georges St-Pierre a vu dans l’octogone, mais c’était épeurant. Peut-être a-t-il vu le petit Georges, celui qu’on intimidait dans la cour d’école. Celui qu’il a passé une vie à protéger en devenant l’homme le plus dominant de la planète dans son sport ultime.

Il s’est senti très fatigué. C’est tout ce dont on est certain.

 

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