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Lac-Mégantic | Soir du 6 juillet

Des dizaines de vies sauvées grâce aux policiers

Trois agents et un sergent de la Sûreté du Québec seront honorés aujourd’hui pour l’acte de bravoure accompli dans la terrible nuit du 6 juillet

Lac Mégantic
Photo d’archives

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Pour la première fois, les quatre policiers qui patrouillaient dans Lac-Mégantic racontent la nuit d’horreur du 6 juillet, au cours de laquelle ils ont certainement sauvé des dizaines de vies.

Pour la première fois, les quatre policiers qui patrouillaient dans Lac-Mégantic racontent la nuit d’horreur du 6 juillet, au cours de laquelle ils ont certainement sauvé des dizaines de vies.

Pendant une heure et demie, trois agents et un sergent de la Sûreté du Québec ont été les seuls policiers sur place avant que les renforts arrivent.

Ils ont brisé des portes, frôlé la mort et réussi à réveiller des dizaines de résidents d’un quartier qui a ensuite brûlé.

Les quatre seront honorés aujourd’hui lors du Gala des Prix policiers du Québec à Montréal, afin de souligner leur courage et leurs réflexes rapides.

Voici le récit de cette longue nuit qui a coûté la vie à 47 personnes.

VAGUE DE LAVE

Le quart de travail du sergent François Boulé et des agents Sophie ­Demers, Jean-François Laliberté et Marc-Antoine Maynard s’annonçait très tranquille.

Les policiers Boulé et Maynard ­venaient d’intercepter un individu pour une infraction en VTT, à environ un ­kilomètre du centre-ville.

Les agents Demers et Laliberté étaient tout près de ce qui allait devenir l’épicentre de l’explosion. Leur autopatrouille était stationnée devant l’épicerie Métro, à moins de 100 mètres du chemin de fer.

À un moment, l’agent Laliberté a aperçu «de quoi» passer à vive allure près du chemin de fer. Le temps de donner un coup de coude à sa collègue, le centre-ville était déjà en feu.

«Il m’a dit: ‘‘Check-ça!’’. Et puis paf!», raconte Sophie Demers, en mimant ­l’explosion.

Les policiers ont ensuite vu l’horreur: une vague de pétrole en feu s’est violemment projetée sur le Musi-Café. Ils ­savaient qu’il n’y avait plus rien à faire pour ceux qui s’y trouvaient.

DEUXIÈME EXPLOSION

Il fallait donc évacuer les gens le plus rapidement possible. Le pétrole qui s’échappait des wagons coulait dans la rue. Les gens paniquaient, couraient, hurlaient. Les policiers Laliberté et ­Demers leur criaient de quitter le secteur. Ils savaient qu’ils ne pouvaient pas rester là bien longtemps.

«On a entendu une détonation. On voyait que pour le Musi-Café, il n’y avait plus rien à faire.On a décidé de reculer», explique Jean-François Laliberté.

Les deux policiers sont montés dans leur voiture. Quelques secondes après, le gaz qui émanait des wagons a explosé tout autour de leur véhicule.

Un corridor de feu a ensuite ravagé le reste du centre-ville.

«Si on avait été à pied...», laisse tomber l’agent Laliberté, sans compléter sa phrase.

Plusieurs personnes qui couraient dans la rue près d’eux n’ont pas été aussi chanceuses et sont décédées.

Les deux policiers se sont éloignés avant d’être rejoints par leurs collègues Boulé et Maynard. À peine cinq minutes s’étaient écoulées depuis l’explosion.

SAUVER LES GENS

Les agents Maynard, Demers et Laliberté sont retournés à pied au centre-ville. Ils ont «vargé» sur toutes les portes des immeubles pour que les citoyens ­évacuent leur domicile.

Pendant ce temps, François Boulé s’est rendu dans un quartier résidentiel quelques rues plus loin. Originaire de Lac-Mégantic, il savait que ces résidents étaient en danger. Il a activé sa sirène et averti les gens avec un porte-voix de quitter. Ce quartier a brûlé peu après.

«T’as bien fait d’aller là, il y aurait eu plein de morts sinon», lui dit Jean-François Laliberté.

Dans une des rues, il y avait un énorme immeuble avec plusieurs condos.

Comment réussir à aviser tous ces gens, s’est demandé le sergent.

C’est alors qu’il a eu l’idée de tirer sur la poignée rouge de l’alarme d’incendie, ce qui a alerté les résidents.

Grâce à leurs réflexes, plusieurs ­citoyens qui n’étaient pas conscients du danger ou qui dormaient au moment de l’explosion ont été épargnés.

Mais les quatre policiers refusent de se décrire comme des héros. Ils n’ont fait que leur travail, insistent-ils.

«On a bien travaillé, mais je ne pense pas qu’on a mieux fait que quiconque ­aurait été à notre place», mentionne ­Sophie Demers.

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