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Médecins de famille

Liste d’attente: des patients écartés de façon arbitraire

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Photo Fotolia Au Québec, 21 % de la population n’a pas de médecin de famille, selon l’Institut de la statistique du Québec.

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Personnes âgées ou atteintes de déficience intellectuelle écartées, cas lourd non acceptés : des médecins montréalais effectuent un tri arbitraire parmi les patients inscrits sur la liste d’attente pour obtenir un médecin de famille.

Au Québec, 21 % de la population n’a pas de médecin de famille, selon l’Institut de la statistique du Québec. Ceux qui désirent en obtenir un doivent s’inscrire au guichet d’accès de leur centre de santé et services sociaux (CSSS).

Les infirmières du guichet leur attribuent ensuite un rang prioritaire, en fonction de leurs antécédents médicaux. En principe, les patients les plus vulnérables sont pris en charge avant ceux en bonne condition physique.

Or, il semble que ce principe ne soit pas toujours respecté. En effet, selon un formulaire du CSSS Bordeaux-Cartierville-Saint-Laurent dont le journal 24h a obtenu copie, les médecins peuvent indiquer les types de patients qu’ils refusent de traiter.

Par exemple, sur ce document, un omnipraticien indique qu’il désire travailler seulement avec les personnes de 6 à 70 ans et qu’il refuse de traiter des patients souffrant de «maladie mentale» ou encore des cas lourds.

Cas de discrimination ?

Un résident de Saint-Laurent a attendu plus d’un an sur la liste d’attente de l’établissement sans jamais être pris en charge par un médecin de famille. L’homme âgé de 78 ans, qui a préféré garder l’anonymat, s’est dit profondément choqué par le manque d’égard envers les aînés.

«C’est affreux! Nous, les personnes âgées, on nous envoie au dépotoir pour nous laisser mourir. Ce n’est pas normal», a déploré l’homme qui s’est résigné à trouver un médecin de famille dans une clinique privée.

Pierre Blain, directeur général du Regroupement provincial des comités des usagers, partage le même avis. «Ce n’est pas normal qu’on puisse faire un tri de la sorte, a-t-il observé. C’est de la discrimination, on devrait rapporter ces cas au Collège des médecins parce qu’il s’agit d’une faute grave à leur code de déontologie.»

Situation fréquente

Le directeur des services généraux et maladies chroniques de l’Agence de la santé de Montréal, Dr Jacques Ricard, ne voit pas les choses du même œil.

«Je ne pense pas que ce soit un manquement au code de déontologie, a-t-il affirmé. Un médecin doit se sentir à l’aise dans les services qu’il rend aux patients. On ne peut pas obliger un professionnel à prendre en charge des patients alors qu’il n’a pas la compétence pour s’en occuper à long terme.»

Le Dr Ricard n’était pas en mesure de confirmer si la «sélection» des patients est un phénomène répandu partout au Québec, mais il estime que la situation est fréquente.

«Ce genre d’approche existe dans plusieurs guichets d’accès, a-t-il expliqué. Il faut comprendre que l’on agit dans un esprit de collaboration: on veut trouver le bon médecin pour le bon patient.»

Inacceptable selon le Collège des médecins

Le Collège des médecins, qui n’était pas au courant de cette pratique, confirme qu’un médecin ne peut refuser de traiter un patient en raison de son âge ou de son état de santé.

«Dans la situation où un médecin juge qu’il n’a pas les compétences pour traiter un cas particulier, il peut diriger le patient vers un autre médecin, a indiqué la porte-parole du Collège des médecins, Leslie Labranche. Toutefois, les médecins ne peuvent procéder à un tri systématique. Si un tel cas nous est rapporté, le syndic pourrait enquêter et prendre les mesures nécessaires pour rectifier la situation.»

Pour sa part, le chef du département de médecine générale du CSSS Bordeaux-Cartierville-Saint-Laurent, Dre Andrée Robillard, a indiqué que des changements avaient déjà été apportés afin que la situation ne se reproduise plus.

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