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Rob Ford d’un scandale à l’autre

Le maire de Toronto accumule les erreurs de jugement au point de devenir la risée planétaire

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Certains n’hésitent pas à en rire, d’autres ont envie d’en pleurer ou de grincer des dents: dès les premiers rebondissements du «crack scandal», les frasques de Rob Ford ont défrayé la chronique comme jamais un élu canadien ne l’avait fait auparavant.

Certains n’hésitent pas à en rire, d’autres ont envie d’en pleurer ou de grincer des dents: dès les premiers rebondissements du «crack scandal», les frasques de Rob Ford ont défrayé la chronique comme jamais un élu canadien ne l’avait fait auparavant.

La satirique émission américaine Saturday Night Live s’en est donné à cœur joie en parodiant le maire de la plus grande ville du Canada. Rougeaud, en sueurs, violent et irréfléchi, l’imitation faite de Ford n’avait rien de bien édifiant.

Les railleries et moqueries inspirées du coloré personnage n’ont cessé de fuser de toutes parts ces derniers jours, tout particulièrement aux États-Unis.

Entre Rob Ford et la Québécoise Geneviève Sabourin, reconnue coupable de harcèlement auprès de l’acteur américain Alec Baldwin, l’image du Canada chez nos voisins du Sud en prend pour son rhume.


LE FIL DES ÉVÉNEMENTS

AVANT MAI 2013

Conflits d’intérêts, attouchements et alcoolisme ?

Ford était dans l’embarras avant même que le «crack scandal» n’éclate au grand jour. Quelques mois plus tôt, un tribunal le destitue de son poste de maire pour cause de conflit d’intérêts. La Cour d’appel infirme toutefois la ­décision. Une ancienne candidate à la mairie accuse aussi Ford de s’être livré à des attouchements sexuels à son égard. Elle le soupçonne d’avoir été sous l’effet de la cocaïne au moment des faits. Les rumeurs vont déjà de bon train quant à ses problèmes d’alcoolisme.

16 MAI 2013

Filmé fumant du crack

Ford fait les manchettes à travers le pays alors qu’on rapporte l’existence d’une vidéo le montrant alors qu’il fume ce qui semble être du crack, un puissant dérivé de la cocaïne. Le site web américain Gawker.com a d’abord ébruité l’affaire. Deux journalistes du Toronto Star ont ensuite ­affirmé avoir visionné la vidéo quelques ­semaines plus tôt.

17 MAI 2013

Collecte de fonds pour acheter la vidéo à des trafiquants

Le site Gawker.com lance une collecte de fonds nommée «crackstarter» afin de mettre la main sur la vidéo prouvant ses dires. Les présumés vendeurs de drogues propriétaires de l’enregistrement auraient exigé 200 000 $ en échange des images compromettantes. Ils ont refusé de procéder à la transaction une fois la somme amassée.

17 AU 23 MAI 2013

Silence radio 

Les télévisions américaines font leurs choux gras de l’affaire. La pression médiatique s’accentue.

Ford, lui, se contente de qualifier les allégations de «ridicules». Il reste ensuite muet sur le sujet.

24 MAI 2013

Déni et mensonge

«Je ne consomme pas de crack. Je ne suis pas non plus dépendant au crack.» C’est sur cette déclaration que Ford brise son silence. Il nie catégoriquement les allégations qui pèsent contre lui dans une allocution aussi brève qu’explosive. Selon lui, la vidéo n’existe même pas.

25 MAI 2013

La famille Ford tremperait dans la vente de drogue

La famille Ford et surtout les frères du maire seraient liés de près au trafic de stupéfiants et ça ne date pas d’hier. Voilà la conclusion d’une longue enquête du quotidien The Globe and Mail.

Le frère du maire, Doug, est ­aujourd’hui conseiller municipal à Toronto. Selon le quotidien, il était «au sommet» de la vente de drogue dans son quartier dans les années 1980. Un autre des frères Ford, Randy, a dû faire face à des accusations de présumé kidnapping et de séquestration liées au trafic de drogue. L’aînée, Kathy Ford, a été victime de violence par arme à feu liée à la vente de stupéfiants.

28 AOÛT 2013

De la cocaïne, non ! mais du pot, oui...

Ford admet avoir fumé «beaucoup» de marijuana dans sa vie.

Il persiste néanmoins à nier avoir consommé du crack.

31 OCTOBRE 2013

La police met la main sur la vidéo

La nouvelle fait le tour du monde comme une trainée de poudre. Le chef de police de Toronto révèle avoir en sa ­possession ladite vidéo. Son contenu est tel que l’ont décrit les journalistes, ­assure-t-il. Ford est acculé au pied du mur.

5 NOVEMBRE

C’est la faute de l’alcool !

Six mois après avoir assuré qu’il ne consommait pas de crack, Ford n’a ­d’autre choix que de passer aux aveux.

«Oui, j’ai fumé de la cocaïne, mais... suis-je dépendant? Non. Est-ce que j’ai essayé le crack? Probablement lors d’une de mes stupeurs alcooliques ("drunken stupors"). Probablement, il y a environ un an.»

Ainsi, Ford dit ne garder aucun souvenir de cette consommation de drogue. Il était trop intoxiqué par ­l’alcool.

Une fois cet aveu fait, le maire assure ne pas avoir menti au public pour ­autant. Ce sont plutôt les journalistes qui lui ont posé la mauvaise question, fustige-t-il.

Ford livre ses excuses aux Torontois. Il annonce du même souffle qu’il compte bien rester en poste.

«J’ai fait une erreur, je suis humain», répétera-t-il dans les jours qui suivent.

12 NOVEMBRE 2013

BOBBLEHEADS À VENDRE

Alors que la crise ­secoue plus violemment que ­jamais l’Hôtel de Ville de Toronto, le maire et son cabinet mettent en vente des ­petites poupées ­bobbleheads à son effigie.

MÊME LE PÈRE NOEL N’EN VEUT PAS

Les organisateurs du ­célèbre défilé du père Noël demandent à Ford de ne pas y participer.

13 NOVEMBRE 2013

Escorte, vodka et Cocaine

C’est une escorte au bras et en reniflant de la cocaïne dans un pub que le maire de ­Toronto aurait célébré la St-Patrick en 2012.

Du moins, c’est le cas si l’on en croit un document de la police de Toronto rendu public, mais dont le contenu n’a pas été prouvé en Cour. Le document contient les récits troublants de cette soirée de débauche racontés par ­plusieurs employés de Ford.

Tantôt erratique, tantôt violent, le maire de Toronto aurait aussi englouti de la vodka en grande quantité, fumé du hash et avalé un comprimé d’OxyContin (un analgésique stupéfiant). Ford aurait traité un chauffeur de taxi de «paki» pour terminer sa virée au volant de sa propre voiture malgré toutes les ­substances ingurgitées.

14 NOVEMBRE 2013

Assez de « pussy » à manger à la maison

Ford choque en disant qu’il a suffisamment de «pussy» (sexe féminin) à «manger» à la maison pour ne pas ­songer à prodiguer ce genre de faveur sexuelle à d’autres femmes qu’à la sienne.

Le maire tente ainsi tant bien que mal de rétorquer aux nouvelles allégations qui pèsent contre lui. Il nie catégoriquement avoir fait une telle proposition sexuelle à une employée.

Ce faisant, on lui a reproché d’avoir utilisé des mots plus que vulgaires en point de presse.

Le maire a dit que ­selon les documents policiers «says I wanted to eat her pussy and I have ­never said that in my life to her. I would never do that. I’m happily married and I’ve got more than enough to eat at home».

18 NOVEMBRE 2013

« Vous venez d’attaquer le Koweït ! »

«Si vous pensez que la politique américaine est rude, vous venez d’attaquer le Koweït! Ça sera la guerre ouverte à la prochaine élection», sert Ford en guise d’avertissement à ses opposants.

En plein conseil municipal, le maire compare le désir des autres élus de lui retirer ses pouvoirs à un «coup d’État» et à l’invasion du Koweït par l’Irak de Saddam Hussein en 1990.

«Ça me rappelle quand moi et mon frère regardions Saddam attaquer le Koweït et le président américain George Bush lui a dit : “je t’avertis, je t’avertis, je t’avertis de ne pas faire ça”.»

Le « train fou » débarque au conseil

Le conseil de ville de ­Toronto prend des airs de cirque alors que Rob Ford fait des siennes.

Le maire se moque d’un conseiller mêlé à une histoire d’alcool au volant à grand renfort de ­mimiques. Il s’élance ensuite à ­travers la salle du conseil au pas de course. Il renverse violemment une conseillère qu’il rattrape de justesse avant qu’elle ne touche le sol.

Des ­citoyens venus assister à la séance lui hurlent «honte» (shame). Le maire leur répond sur le même ton.

Un conseiller accuse Ford d’agir tel un «singe au zoo». Un autre lui reproche de débarquer tel un «train fou» au conseil.

Ford admet qu’il a acheté des drogues illégales alors qu’il était en fonction.

Les protestations de Ford n’y peuvent rien. Le conseil dépouille le maire de la plupart de ses pouvoirs. Ce que l’élu ­promet de contester devant les ­tribunaux.

 

 

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