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Industrie forestière

La lumière au bout du tunnel?

Jean-Pierre Boivin Richard Garneau
Photo Philippe-Olivier Contant / Agence QMI Jean-Pierre Boivin, préfet de la MRC Maria-Chapdeleine, et Richard Garneau, président et chef de la direction de Produits forestiers Résolu.

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Le Rendez-vous de la forêt québécoise de la semaine dernière sème l’espoir chez les forestiers, qui croient voir la lumière au bout du tunnel.

Lors d’une rencontre éditoriale avec Argent, quatre intervenants ont affiché leur regain d’optimisme. La crise a fait mal à l’industrie, réduisant son nombre d’emplois à 65 000, alors qu’il s’élevait à 100 000 lors des années de gloire. De plus, le territoire disponible pour l’exploitation a reculé de 22 % pour la période 2008-13.

«C’est la première fois depuis 10 ans que nous entendons un discours donnant l’indication que la forêt est importante, a dit le président et chef de la direction de Produits forestiers Résolu, Richard Garneau. Nous allons travailler ensemble pour trouver des solutions.»

Le patron tient à être tenu au courant de ce qui s’en vient et à améliorer l’environnement d’affaires. Car 100 000 mètres cubes de bois récoltés égalent 325 emplois directs et indirects.

Le maire de La Doré, Jacques Asselin, va plus loin en rappelant que des communautés entières en dépendent. «Notre municipalité est mono-industrielle et c’est le lot de cinq municipalités de la MRC du Domaine du Roy, a-t-il dit. Nous n’avons pas autant perdu de citoyens que les 3000 emplois abolis, mais beaucoup de gens ont un statut précaire et la richesse collective a diminué.»

«Si nous ne nous servons pas des ressources naturelles pour le développement, nous ne nous servirons certainement pas du multimédia ou des investissements de Bombardier», a poursuivi Jean-Pierre Boivin, préfet de la MRC Maria-Chapdelaine, qui comprend Dolbeau-Mistassini.

Une table élargie

Le Rendez-vous est un exemple à suivre, car il a permis aux élus locaux de se faire entendre, a indiqué M. Boivin, mais beaucoup de travail resterait à faire.

Les objectifs de Québec en matière de protection du territoire doivent s’harmoniser avec l’économie locale. «Pour nous, le 12 % à protéger doit se trouver vers le Nord, pas strictement dans le Sud, a-t-il dit. Chaque fois que nous protégeons un territoire, il y a des répercussions sur les communautés.»

Ce n’est quand même pas tout le monde qui trouve son compte dans les débats actuels, comme en témoigne Christian Awashish, chef de bande des Atikamekws d'Opitciwan. «Malheureusement, les Premières Nations ne sont pas présentes dans le développement de l’industrie, a-t-il souligné. Nous avons un partenariat avec Résolu, mais au Canada, la majorité [des autochtones] vivent du territoire sans bénéficier des retombées.»

Trois questions à Richard Garneau

Question : Vous dites que votre industrie a mauvaise presse, mais que ses pratiques environnementales sont respectueuses. Comment peut-on vous croire?

Réponse : «Nous avons planté 60 millions d’arbres l’an passé. Allez en Abitibi, au Saguenay-Lac-Saint-Jean et sur la Côte-Nord. Il y a une obligation [pour les producteurs] de régénérer la forêt.»

Q : La demande pour le papier recule en raison de la popularité des médias numériques. L’imprimé a-t-il encore un avenir?

R : «Il y a encore 27 millions de tonnes métriques de papier journal consommées dans le monde. C’est jusqu’à trois fois ce volume pour le papier d’impression.»

Q : Travaillez-vous sur des technologies qui pourraient vous donner de nouvelles sources de revenus?

R : «Ça prend jusqu’à 10 ans pour développer des marchés. Nous avons fabriqué une colle à base de lignine de bois. Lorsque nous sommes allés vendre l’idée aux trois principaux fabricants, ils nous ont dit que ça marchait. Nous pensions pouvoir rentabiliser l’opération, mais ils ont fini par dire qu’ils ne veulent pas servir de cobayes avec un nouveau produit.»

Les forestiers doivent se débarrasser de leur mauvaise image, acquise notamment avec le film «L’Erreur boréale» de Richard Desjardins, estime Richard Garneau, chez Résolu.

Les entreprises du secteur rappellent que 75 % des forêts québécoises sont certifiées en développement durable et que l’Entente sur la forêt boréale canadienne de 2010 protège 8,5 millions d’hectares.

«L’esprit n’était pas assez large, a admis par contre M. Garneau. Nous parlions de la protection de l’environnement et de développement économique, mais les communautés n’étaient pas à la table.»

Photos à l’appui, Richard Garneau a précisé que la forêt filmée dans «L’Erreur boréale» a été reboisée.

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