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Le passé déterré

Adonis Stevenson
photo réjean tremblay Adonis Stevenson était ébranlé et bouleversé hier, à deux jours de son combat contre Tony Bellew.

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Pour Adonis Stevenson, ça ressemble à un cauchemar. Des journalistes ont fouillé dans ses crimes de jeunesse quand, à 18-19 ans, il a été recruté par un gang de rue. On a retrouvé les deux femmes impliquées et on fait les manchettes avec leurs malheurs d’il y a 17 ans.

Pour Adonis Stevenson, ça ressemble à un cauchemar. Des journalistes ont fouillé dans ses crimes de jeunesse quand, à 18-19 ans, il a été recruté par un gang de rue. On a retrouvé les deux femmes impliquées et on fait les manchettes avec leurs malheurs d’il y a 17 ans.

Les médias sociaux s’enflamment et voilà qu’Adonis Stevenson, repentant, réformé, réhabilité, marié et père de trois fillettes de quatre ans, deux ans et six mois, doit subir un procès de vindicte populaire.

Cet homme a déjà subi son procès. Les policiers ont apporté leurs preuves, les procureurs ont fait leur travail, les victimes ont été entendues, un juge a rendu son verdict et Stevenson Adonis, de son vrai nom, a été condamné à quatre ans de prison.

Il a passé 20 mois derrière les barreaux, il a dû se battre contre cinq ou six prisonniers à la fois pour survivre, il a vu de près ce qu’était le résultat du crime et il s’est juré que plus jamais il ne vivrait pareil enfer.

Et aujourd’hui, maintenant qu’il a réussi, grâce à son travail, à sa persévérance et à son talent, à devenir champion du monde, on refait son procès peut-être pour exciter le bon peuple. Ou tout simplement parce que ça donne une bonne histoire.

Sans se soucier de ce qu’il a accompli et de ce qu’il est devenu, sans se soucier de trois fillettes qui vont ­apprendre à lire bientôt, sans se soucier de l’homme mature qu’il est devenu. Ses crimes et ses victimes l’ont déjà envoyé en prison pour quatre ans, c’était pas assez? La justice s’était donc trompée?

Coudon, ça va prendre combien de procès dans les médias pour satisfaire les assoiffés?

Ça donne quoi d’être jugé, d’être condamné, de faire de la prison et de se reprendre en mains?

« JE LE REGRETTE »

Hier, ébranlé et bouleversé, il est venu jaser dans ma chambre en compagnie de Sugar Hill, son entraîneur, un ancien policier de Detroit, et d’Yvon Michel, son promoteur.

Stevenson ne savait pas trop comment réagir. Il était plutôt abattu. ­Mettez-vous à sa place.

«Je vivais littéralement dans la rue depuis l’âge de 14 ans. Mes modèles, c’était les gars des gangs de rue. Ils m’ont recruté. Puis, j’ai rencontré deux femmes; elles avaient 22 et 25 ans. Une était danseuse et l’autre était déjà escorte. C’est d’ailleurs elle qui m’a donné l’idée de former un ­réseau avec le gang. Mais ce n’est pas une excuse. D’autres jeunes connaissent des moments difficiles et ils ne choisissent pas les gangs et le crime.

«Je regrette profondément le mal que j’ai fait à cette époque. Je tiens à préciser qu’il n’y a pas eu de mineures impliquées et que je n’ai jamais violé personne. Mais je regrette toute cette période de ma vie. Là n’est pas la ­question. Et j’espère que ces deux femmes ont pu trouver la paix et le bonheur. Mais c’était il y a 17 ou 18 ans et j’ai changé. Ma vie a pris une autre direction.

«Quand j’ai connu celle qui allait ­devenir ma femme, elle a lu tous les transcripts de la Cour. Elle sait tout. Un jour, faudra expliquer à mes trois filles. Par ailleurs, le mieux que je puisse faire, c’est de témoigner, c’est d’aller vers les jeunes et de leur dire que la solution de la rue n’est pas la bonne solution. Qu’il y a moyen de ­sortir des ruelles et de la misère d’une autre façon. En ayant des rêves et des objectifs et en travaillant pour les ­atteindre.

«C’est pour ça que je veux être un modèle pour les jeunes. C’était quoi mes modèles chez les Noirs il y a 20 ans? Je pense que je suis le premier Noir à être sorti des gangs de rue et à avoir réussi à atteindre de grands ­objectifs dans la vie. Je suis quand même champion du monde. Ce n’est pas une route facile que celle qui mène à un championnat du monde.

«J’aimerais aussi qu’on fiche la paix à ma mère. Des journalistes de La Presse sont allés la rencontrer. Elle les a accueillis. Ils n’ont jamais précisé quel genre de reportage ils préparaient. Elle leur a fourni des photos de moi enfant en leur demandant de ne pas les publier. Les photos se sont ­retrouvées dans le journal. Ma mère vient de terminer ses traitements de chimiothérapie contre le cancer. Elle est bouleversée», de dire Stevenson.

DANS LE RING DANS DEUX JOURS

Toute cette histoire a évidemment des incidences, disons… sportives. Dans deux jours, vers minuit et quart dans la nuit de samedi à dimanche, Adonis Stevenson va monter dans le ring pour affronter Tony Bellew.

Habituellement, le champion entre dans sa bulle pour se préparer mentalement à affronter celui qui va vouloir le mettre hors de combat. Il repasse dans sa tête les rounds, la stratégie, les coups, les styles. Il se coupe de la réalité quotidienne pour ne penser qu’à ces pieds carrés où il devra défendre sa peau.

Hier soir, Adonis Stevenson tentait de se concentrer en jasant avec sa sœur Mona Adonis.

Mais c’était bien difficile de penser à la boxe…

DANS LE CALEPIN – Demain, de belles histoires de boxe.

 

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