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Éducation

Moins d’élèves choisissent d’écrire en lettres attachées

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Règle générale, au Québec, les enfants du primaire apprennent tous à écrire en lettres détachées, puis en lettres attachées entre la première et la quatrième année. Mais après, ils sont libres d’utiliser la graphie qui leur convient selon la tâche demandée. Résultat : dans une classe de 6e année de l’école Mary Gardner, la majorité a peine à tracer des lettres attachées. Le cursif serait-il en voie de disparition ?

Dans la classe de Pascale Caouette, enseignante de 6e année à l’école Mary Gardner, une école bilingue de Châteauguay, seulement un ou deux élèves utilisent encore l’écriture cursive dans les travaux et examens. Tous les autres optent pour le script, l’écriture la plus proche de celle que l’on tape à l’ordinateur. Mme Caouette dit respecter ce choix: «Au début, j’essayais de leur imposer une composition en lettres attachées, mais je perdais trop de temps à corriger leur tracé. J’ai abandonné car j’ai tellement d’autres choses à enseigner.» Elle signale toutefois que ce n’est pas la même chose dans chaque classe. Elle cite sa collègue qui a fait acheter un livre de calligraphie à ses élèves afin de les faire pratiquer régulièrement. «Pour ma part, la seule chose sur laquelle j’insiste, c’est leur signature, car je sais qu’une signature en lettres moulées est généralement refusée dans la vie courante», spécifie-t-elle.

Phénomène généralisé?

Difficile toutefois de savoir si ce phénomène est généralisé, justement parce que le programme d’éducation québécois laisse beaucoup de latitude aux enseignants (et aux élèves). Le seul critère obligatoire est d’enseigner les deux formes d’écriture afin que l’élève soit en mesure de les décoder (mais non nécessairement de les écrire toutes les deux).

C’est d’ailleurs pour cette raison que la porte-parole de la Commission scolaire des Grandes-Seigneurie, Mylaine Godin, a refusé de nous mettre en contact avec un enseignant d’une école primaire francophone de la région. «Ce ne serait pas représentatif, a-t-elle fait valoir, puisque les pratiques diffèrent selon les écoles et les enseignants.»

Toutefois, lorsque l’on questionne des jeunes du secondaire, plusieurs disent ne plus se rappeler de l’écriture cursive, et même avoir du mal à la décoder. C’est le cas de Nicolas Dubé, élève de secondaire deux au programme international de l’école H.S. Billings. «Je l’ai appris, mais je n’ai jamais vraiment été capable d’écrire en lettres attachées, dit-il. Je trouve ça plus facile en lettres moulées, parce que quand on fait une faute, on peut effacer la lettre plutôt que le mot au complet. C’était plus naturel pour moi d’écrire comme ça.»

«Ça montre qu’ils n’en ont pas besoin»

Pour Isabelle Montesinos-Gelet, professeur titulaire au département de didactique de l’Université de Montréal, le fait que certains élèves du primaire délaissent naturellement l’écriture cursive montre qu’ils n’en ont pas besoin. «L’apprentissage d’un deuxième style d’écriture dès la deuxième année, alors que le premier style est à peine maîtrisé, comporte plus de désavantages pour l’élève, soutient la chercheuse. Car l’attention qu’il doit porter à la graphomotricité, c’est-à-dire au geste d’écrire, qu’il doit automatiser, ralentit sa progression dans d’autres domaines, comme la syntaxe ou l’orthographe.»

Celle-ci a mené avec ses collègues Marie-France Morin, de l’Université de Sherbrooke, et Nathalie Lavoie, de l’Université du Québec à Rimouski, une vaste étude auprès de 718 enfants de 54 classes de deuxième année pour observer les effets des différents modes d’enseignement de l’écriture. «Nous voulions justement questionner le fait qu’en contexte québécois, les élèves apprennent à écrire en lettres détachées, puis en lettres attachées par la suite. Les résultats obtenus montrent qu’il est plus avantageux de n’enseigner qu’un style d’écriture, que ce soit le script ou le cursif, plutôt que les deux successivement.»

Comme le soulève Mme Montesinos-Gelet, l’enseignement des deux styles est plutôt le fruit d’une tradition d’enseignement au Québec, et n’est pas nécessairement basé sur des recherches. «Mais il faut toujours compter quelques années avant que les recherches arrivent dans le milieu, soutient-elle. Nos résultats ont été publiés en 2012, donc d’ici quelques années, le ministère de l’Éducation pourrait réviser le programme. On sait qu’il étudie actuellement cette possibilité».

Script ou cursif?

En plus de montrer que l’apprentissage d’un seul style d’écriture –script ou cursif - favorisait les élèves dans leur cheminement, les résultats de recherche d’Isabelle Montesinos-Gelet, de Marie-France Morin et de Nathalie Lavoie ont également montré que les élèves qui n’apprenaient que l’écriture cursive, contrairement à ceux qui n’apprenaient que le script, obtenaient de meilleurs résultats dans la vitesse et la qualité d’écriture, l’orthographe et la syntaxe. Ceci pourrait entre autres s’expliquer par le fait que les lettres attachées imposent un trajet à la main (du haut vers le bas), alors qu’avec le script, l’enfant a tendance à dessiner les lettres. Il lui est donc plus fastidieux d’automatiser l’écriture puisqu’il doit porter plus d’attention au geste moteur.

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