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L’amour qui tue

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J’ignore pourquoi on cherche ­toujours à justifier la violence de l’un par la violence de l’autre. Pourquoi, dès qu’il est question d’un père qui a tué ses enfants par «vengeance» contre sa conjointe, faut-il s’empresser de citer les noms de mères infanticides?

J’ignore pourquoi on cherche ­toujours à justifier la violence de l’un par la violence de l’autre. Pourquoi, dès qu’il est question d’un père qui a tué ses enfants par «vengeance» contre sa conjointe, faut-il s’empresser de citer les noms de mères infanticides?

Pourquoi, chaque fois qu’il est question de violence conjugale, y a-t-il quelqu’un qui croit bon de rappeler que les hommes aussi en sont victimes? Que les femmes ne sont pas les seules à «manger des claques»?

On a beau nier le problème, les chiffres parlent d’eux-mêmes: en 2012, 80 % des victimes de violence conjugale étaient des femmes.

Si 20 % d’hommes subissent la violence verbale ou psychologique de leur conjointe, dans les faits, 93 % des meurtres conjugaux sont commis par des hommes.

Une femme sur quatre au Québec est victime de violence dans son couple. Ce n’est pas un problème de société. C’est bien pire, c’est un fléau immense, dont on n’ose parler que quelques jours par année.

La culpabilité avec un grand C

C’est fou ce qui se passe dans la tête d’une femme violentée. «C’est de ma faute. Je sais qu’il n’aime pas quand je m’habille sexy! Je n’aurais pas dû sortir avec mes amies. Je ne suis pas assez “fine”. J’aurais dû éviter de le contrarier. Il a de grosses journées!»

La culpabilité est cette immense marmite dans laquelle les femmes sont plongées très jeunes. Difficile de s’en sortir. Souvent, on y laisse sa peau.

C’est donc difficile pour une femme de témoigner de la violence qu’elle a subie. Pour elle, c’est un constat d’échec qui laisse des bleus au corps, mais aussi au cœur. C’est devoir avouer qu’elle s’est trompée, qu’elle a aimé le mauvais «gars».

On se trouve tous les défauts. Comment a-t-on pu tomber si bas? Se laisser rouer de coups, insulter, traiter de «pute» ou de «bonne à rien». La confiance en soi à zéro, il faut tout de même trouver la force de se refaire une vie. Avec ce que ça engendre de peur et de honte.

Aucune femme n’est à l’abri

Je le sais, car, comme des milliers de femmes, j’ai subi la colère d’un conjoint violent.

Moi qui me croyais forte, je me suis sentie moins que rien. Il n’a levé la main sur moi qu’une fois, mais j’ai bien cru mourir. Je me suis réfugiée chez le voisin, le priant de ne pas faire le 9-1-1. Je ne voulais pas que les gens me voient comme une victime. Je voulais juste que cette nuit-là s’efface.

J’ai fait ce qu’il ne fallait pas faire: je n’ai rien dit. Je me suis «tue». Drôle de phrase, n’est-ce pas? Pendant des années, chaque fois que quelqu’un ou quelque chose me rappelait cet homme-là, je manquais d’air. J’ai longtemps eu peur qu’il ne se venge.

Il faut que les femmes trouvent la force de s’en sortir pour elle et leurs ­enfants. Car l’amour ne doit ni menacer ni tuer.

 
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