/opinion/columnists
Navigation

La charte et l’éducation

Coup d'oeil sur cet article

Cette semaine, les universités se succèdent devant la commission chargée d’évaluer les trois dernières années de leur gestion. Pour éviter de discuter de leur budget, plusieurs recteurs tentent de faire diversion en nous parlant de la position de leur université sur la charte. La position de leur université ? Pas tellement.

Cette semaine, les universités se succèdent devant la commission chargée d’évaluer les trois dernières années de leur gestion. Pour éviter de discuter de leur budget, plusieurs recteurs tentent de faire diversion en nous parlant de la position de leur université sur la charte. La position de leur université ? Pas tellement.

Si plusieurs d’entre eux ont vivement critiqué la démocratie étudiante, ils ne font guère mieux que leurs critiques en considérant l’avis de quelques dizaines de personnes pour l’opinion générale de leur établissement, et ce, sans référendum de consultation.

Il est vraiment discutable de voir également ces mêmes recteurs traiter la liberté universitaire au-devant de la rigueur et du professionnalisme de leur corps enseignant. Le recteur de l’Université de Montréal, Guy Breton, a même mentionné en entrevue que les enseignants pouvaient montrer un biais politique et enseigner avec un tel biais sans problème. Ce faisant, il ne voyait aucun problème à avoir des enseignants qui font la promotion de leur religion en classe sous le principe de la liberté universitaire. Cela ne fait aucun sens venant d’un tel établissement.

Liberté universitaire

Comment expliquer qu’une université qui se veut un grand lieu de recherche permette à son corps enseignant de faire autant d’entorses à l’objectivité et à la rigueur intellectuelle dans le contexte de son enseignement? Il est vrai que les chercheurs et les professeurs peuvent avoir des biais, mais l’enseignement universitaire doit se construire sur des faits et des hypothèses, et amener les étudiants à réfléchir, à pousser plus loin la réflexion. Dire que le biais est légitime et même nécessaire au point de ne pas chercher à le diminuer dénote un manque flagrant de professionnalisme. Amener un biais politique ou religieux vient mettre une barrière dans la démarche réflexive proposée par le cursus universitaire.

Il est aussi étonnant d’entendre dans le discours des personnes opposées à l’application de la charte dans le milieu scolaire que l’enseignant n’a pas d’influence sur les élèves et, donc, que le fait d’afficher des signes n’aura peu ou pas d’impact. Il est outrageant de constater que l’argument utilisé ici veut que nos enseignants n’aient pas d’impact sur nos jeunes. Qu’ils ne sont que de passage dans leur vie. Doit-on rappeler qu’au primaire, il passe presque plus de temps avec l’enfant que les parents eux-mêmes? Qu’ils ont une influence considérable sur leur développement?

Inepties

Ce débat sur la charte nous amène à affirmer des inepties sur notre système d’éducation. Il nous amène à dire que nos enseignants n’ont pas d’influence dans le milieu d’éducation. Arrêtons-nous deux minutes pour repenser ces arguments en fonction des professionnels que nous avons devant nous. Si nous concevons que nos enseignants sont des professionnels, qu’ils ont une influence considérable sur l’éducation et le développement de nos enfants, pourquoi devraient-ils être exclus de l’application de la charte qui vise à traiter tout le monde de façon équitable? À assurer des valeurs d’égalité homme-femme? Ne devraient-ils pas plutôt être les premiers concernés? Je crois que oui.

 

Commentaires