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Le miracle de Nelson Mandela

« Mandela était affable, prévenant, courtois et drôle – avec une intelligence remplie de maturité et de bon jugement, et une volonté de fer »

Le miracle de Nelson Mandela
Photo d’archives, courtoisie Brian Mulroney et sa femme Mila, en compagnie de Nelson Mandela. Mulroney mentionne avoir eu l’insigne privilège d’avoir été le premier ministre du Canada lorsque Mandela a été élu à la tête de l’Afrique du Sud.

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Chaque génération est marquée par un personnage qui change le destin de son pays et, parfois même, le monde aussi.

Chaque génération est marquée par un personnage qui change le destin de son pays et, parfois même, le monde aussi.

Parfois, il grandit lentement sous vos yeux, passant d’une lueur diffuse à une lumière étincelante. Gandhi est passé de militant communautaire à père d’une nation en l’espace d’une vie. En dix ans, Martin Luther King Jr. est passé de prédicateur à Atlanta à auteur du discours au monument Washington qui a changé les États-Unis.

Nelson Mandela est passé de prisonnier quasi oublié à Robben Island à père de l’Afrique du Sud, une nation de femmes et d’hommes libres, en un seul instant, par un matin radieux devant le monde entier. Quiconque en ayant été témoin n’oubliera jamais la vue de cet homme, appelé « Mandiba » par son peuple, se dressant devant une foule en liesse le 11 février 1990.

L’Afrique du Sud ne fut plus jamais la même, l’Afrique ne fut plus jamais la même. Pour ceux d’entre nous qui ont joué un petit rôle en ce jour victorieux, le monde ne fut plus jamais le même, tant l’impact de cet homme fut puissant et immédiat.

On peine aujourd’hui à se rappeler combien pouvait sembler longue, difficile et parfois insurmontable la bataille à livrer à cette époque. Le Canada a contribué à mener la lutte contre l’apartheid. Le premier ministre John Diefenbaker a habilement participé à la mise en œuvre des mesures visant à exclure l’Afrique du Sud du Commonwealth en 1961.

Bien entendu, au cours des années où j’ai exercé les fonctions de premier ministre, j’ai eu l’honneur de participer, avec quelques leaders du Commonwealth, à la création d’une coalition internationale dont l’objectif ultime était la libération de Nelson Mandela et l’abolition du régime de l’apartheid.

Privilège

J’ai eu l’insigne privilège d’être premier ministre le jour de la victoire.

Seulement quatre mois après l’avènement de Mandela sur la scène mondiale, alors qu’il était passé de prisonnier à homme d’État, j’ai vécu l’un des moments les plus intenses de ma vie lorsque je l’ai accueilli à une réception enthousiaste que les Canadiens lui réservaient. Encore une fois, quiconque ayant assisté à son entrée dans la Chambre des communes le 17 juin 1990 – sa première apparition devant un parlement élu démocratiquement – n’oubliera jamais l’explosion de joie et les applaudissements que personne ne put contenir.

Mandela est devenu un excellent allié politique et un ami personnel précieux. Il était affable, prévenant, courtois et drôle – avec une intelligence remplie de maturité et de bon jugement, et une volonté de fer. Il m’a dit une fois, alors qu’il sollicitait plus d’aide et de meilleures conditions dans le cadre d’une conférence internationale multilatérale, au moment où la démocratie était à un stade précoce dans son pays: «Brian, mes collègues et moi n’avons pas passé notre vie en prison pour perdre du temps avec des questions de politique. Nous avons besoin d’actions et de mesures concrètes maintenant.»

Clémence et générosité

Malgré les difficultés auxquelles l’Afrique du Sud fait toujours face après avoir renversé 75 années de répression, il est important de rappeler combien ce pays serait différent aujourd’hui, n’eût été Mandela pour diriger la naissance d’une nouvelle nation. Sa clémence envers ses opposants et sa générosité envers tous ont non seulement débarrassé la politique sud-africaine de la malveillance, de l’amertume et de la vindicte, mais également jeté les bases de la réconciliation. Comme exemple de destin bien différent, il suffit de regarder au Nord pour voir la douleur et la tragédie dans lesquelles s’enlise le Zimbabwe aujourd’hui.

Stature remarquable

Bien que les médias se concentrent généralement sur l’échec, rappelons-nous qu’une génération de Sud-Africains a grandi en tant que femmes et hommes libres qui peuvent fréquenter les mêmes écoles, obtenir les mêmes possibilités et bâtir une vie meilleure pour leur famille. Rien de cela n’eût été possible sans Nelson Mandela.

Sans la perspective du leadership de cet homme, l’apartheid aurait pu perdurer des décennies. Sans un homme d’État d’une stature aussi remarquable, les bains de sang qui ont maculé le Rwanda, le Congo et le Kenya auraient pu marquer le destin de l’Afrique du Sud.

Aujourd’hui, il est facile de tenir pour acquis les accomplissements de personnages de la trempe des Gandhi, King ou Mandela.

Nous récoltons les fruits de leur courage depuis des décennies. L’Inde est un exemple de démocratie accomplie depuis plus d’un demi-siècle.

Les États-Unis luttent depuis presque aussi longtemps pour supprimer le racisme ancré dans leur histoire. L’Afrique du Sud est devenue le modèle à suivre en Afrique depuis plus de 20 ans.

Nouvelle génération

En certaines occasions comme celle-ci, il importe cependant de rappeler les voies plus difficiles que chacun a pu emprunter. À la nouvelle génération qui aura sûrement à relever des défis aussi pénibles que l’apartheid le fut pour nous à cette époque, il est important de rappeler les propres mots de Mandela dans son combat contre le mal.

Dans une lettre à sa femme, au cours des années les plus sombres de son emprisonnement, après treize ans à Robben Island, à titre de message clandestin à l’intention des membres de sa famille, de ses amis et de ses sympathisants, il écrivait [traduction]:

«Les difficultés brisent certains hommes, mais en forgent d’autres.

«Aucune lame n’est assez affûtée pour trancher l’âme du pécheur qui persévère, ... celui qui garde l’espoir qu’il vaincra, même à la fin.»

— Le très honorable Brian Mulroney

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