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Se tromper de cible

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En souhaitant adopter une loi qui restreint le droit des grandes surfaces de permettre aux acheteurs occasionnels de bénéficier de rabais, le gouvernement manque la cible complètement. Cela pourrait avoir pour effet d’accentuer la problématique de fond : les Québécois ne lisent pas suffisamment ou en sont incapables. Voilà la véritable tragédie pour le monde de l’édition.

En souhaitant adopter une loi qui restreint le droit des grandes surfaces de permettre aux acheteurs occasionnels de bénéficier de rabais, le gouvernement manque la cible complètement. Cela pourrait avoir pour effet d’accentuer la problématique de fond : les Québécois ne lisent pas suffisamment ou en sont incapables. Voilà la véritable tragédie pour le monde de l’édition.

Car, si les libraires indépendants ont de la difficulté à survivre dans ce contexte, ce n’est pas seulement la faute des grandes surfaces qui n’offrent au fond à la population qu’un échantillon des livres disponibles et populaires. Au-delà de la tendance à la numérisation, au détriment de l’écrit, le mal qui nous ronge collectivement et ce qui fait mal à l’âme de notre société, c’est l’analphabétisme.

UN MILLION D’ANALPHABÈTES

Et pourtant, ce n’est pas d’hier que notre société est confrontée à cette incapacité à renverser cette tendance lourde et néfaste pour notre épanouissement collectif. Il y a toujours plus d’un million d’analphabètes au Québec. Un Québécois sur cinq a de la difficulté à lire et comprendre un texte commun. Voilà un drame bien plus grand que la faible fréquentation des librairies de quartier malheureusement.

Mais, il est vrai que les libraires souffrent. J’achète personnellement plusieurs livres chaque mois pour mes proches et moi-même. Le livre est pour moi une nécessité dont je ne souhaite jamais me lasser. Je fréquente davantage les libraires que les grandes surfaces. Mais je consomme où je veux. Je valorise une culture générale diversifiée et étoffée pour chacun. Je conscientise mes enfants de 8 ans et 5 ans aux bienfaits de lire pour qu’ils soient en mesure de faire leurs propres choix et prendre leurs propres décisions dans le futur. Je leur explique que d’apprendre par soi-même est un pas vers la liberté individuelle. Et que c’est ainsi qu’on peut relever des défis autrement inaccessibles.

Il est donc très malheureux de constater que le gouvernement n’attaque pas le problème de cet angle. Alors que notre société se numérise et se complexifie, il devient de plus en plus difficile d’évoluer sur le marché du travail lorsqu’on est analphabète ou incapable d’interpréter et d’assimiler un texte narratif ou des instructions écrites.

VALORISER LA LECTURE

Si on souhaite véritablement améliorer la qualité de vie des individus et contribuer à l’avancement des idées au sein de notre société, il faudra miser sur la valorisation de la lecture plutôt que de chercher à réglementer les prix. Pour ce faire, il faut investir dans l’accessibilité, autant dans les régions que dans les écoles du Québec où la pauvreté des bibliothèques ne s’explique pas.

Réglementer le prix des livres n’est pas le remède au problème structurel qui nous afflige. La solution se trouve dans les initiatives visant à promouvoir la lecture et ses bienfaits. Voilà de bien meilleures façons de voir les librairies achalandées.

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