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Des jeunes désespérés

Des appels à l’aide d’adolescents suicidaires ne sont pas entendus

Jeunes désespérés

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Depuis sa rupture avec sa petite amie, Hugo avait des idées noires. Il éprouvait aussi des difficultés à l’école. Mais jamais son entourage n’aurait cru que l’adolescent de 16 ans finirait par mettre fin à ses jours, un matin d’octobre.

Depuis sa rupture avec sa petite amie, Hugo avait des idées noires. Il éprouvait aussi des difficultés à l’école. Mais jamais son entourage n’aurait cru que l’adolescent de 16 ans finirait par mettre fin à ses jours, un matin d’octobre.

Parmi les 69 cas consignés dans les rapports de coroner depuis 2008, près de la moitié des adolescents québécois qui se sont suicidés avaient déjà tenté préalablement de s’enlever la vie ou avaient eu des idées suicidaires.

«L’adolescence est une période d’impulsivité et de montagnes russes émotionnelles. Un ado peut être très heureux le matin et dépressif le soir. C’est difficile pour les parents de juger si l’état de leur enfant est passager ou s’il faut agir. Mais ils devraient toujours prendre au sérieux la détresse de leur jeune. Dans le doute, il ne faut jamais s’abstenir», explique Bruno Marchand, de l’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS).

MAL DE VIVRE

Si certains jeunes semblent s’être suicidés pour une raison bien précise comme une peine d’amour ou un conflit familial, d’autres se sont enlevé la vie sans motif apparent, peut-on lire dans les rapports de coroner.

Émilie, 14 ans, a mis fin à ses jours en décembre 2011. À part des symptômes de gastro-entérite, la jeune fille se portait bien. Le coroner Michel Ferland indique dans son rapport que la jeune fille n’était pas victime d’intimidation et que si elle s’intéressait à la thanatologie, elle n’avait pas d’idées morbides, selon son entourage.

Or, écrit le coroner Ferland, «après analyse des causes et circonstances de ce décè̀s, l'investigation conclut à un suicide chez une adolescente ayant un certain mal de vivre. À 14 ans, on peut difficilement s'expliquer un tel passage à l'acte quand on a toute la vie devant soi. Il n'y a rien d'autre à ajouter.»

«On a tendance à penser que tel ou tel jeune avait envie de mourir à cause d’une peine d’amour, souligne M. Marchand. Or, si la peine d’amour peut être un déclencheur, il n’y a jamais une seule raison ou un seul motif. Généralement, plusieurs facteurs expliquent un passage à l’acte.»

150 APPELS PAR SEMAINE

Si le nombre de suicides chez les adolescents est nettement à la baisse depuis dix ans, il demeure encore la deuxième cause de décès de ce groupe d’âge.

Rien qu’à l’organisme Jeunesse, J’écoute, plus de 150 adolescents appellent chaque semaine en raison d’idées suicidaires. Ces cas représentent 3 % du nombre total d’appels reçus par l’organisme.

«Si on compare l’année 2013 à 2012, on constate une légère augmentation du nombre d’appels en lien avec des idées suicidaires. Est-ce parce qu’on en a parlé davantage dans les médias ou parce que les jeunes ont plus le courage qu’avant d’appeler quand ils sont dépressifs? Difficile à dire», analyse le porte-parole Alain Johnson.

De l’intimidation aux problèmes familiaux en passant par la dépression, les motifs des adolescents suicidaires sont variés.

«Un jeune qui en arrive là est un jeune qui a tout essayé pour s’en sortir et qui ne voit plus d’issue à sa situation. Il ne veut pas mourir, il veut seulement arrêter de souffrir», lance-t-il.

«Ce n’est pas facile pour les parents de détecter les signaux indirects que leur envoie leur enfant, indique M. Johnson. Un jeune qui s’isole, qui donne ses affaires personnelles

ou qui est triste envoie un signal. Malheureusement, on laisse parfois passer ces signaux parce qu’ils ne sont pas clairs. C’est après qu’on le réalise. Mais il ne faut pas culpabiliser. Chaque parent essaie toujours de faire de son mieux».


QUI CONTACTER EN CAS DE PENSÉES SUICIDAIRES?

► Ligne d’urgence de l’Association québécoise de prévention du suicide (24 h par jour et 7 jours sur 7): 1 866 APPELLE (277-3553)
► Jeunesse, J’écoute: 1-800-668-6868
► Tel-Jeunes: 1-800-263- 2266

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