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Échec stratégique du PQ?

L’indépendance n’a pas de sens si elle n’est pas connectée à l’identité québécoise

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Le dernier sondage Léger semble confirmer la stagnation électorale du PQ. Malgré ses efforts, il ne parvient pas à dépasser la barre des 32 ou 33 %. On en trouve immédiatement pour condamner la «stratégie identitaire» du gouvernement. Loin de lui donner un nouvel élan, elle l’aurait plombé. La souveraineté elle-même en paierait le prix. Il lui faudrait revenir à une gestion au jour le jour plus «raisonnable».

Le dernier sondage Léger semble confirmer la stagnation électorale du PQ. Malgré ses efforts, il ne parvient pas à dépasser la barre des 32 ou 33 %. On en trouve immédiatement pour condamner la «stratégie identitaire» du gouvernement. Loin de lui donner un nouvel élan, elle l’aurait plombé. La souveraineté elle-même en paierait le prix. Il lui faudrait revenir à une gestion au jour le jour plus «raisonnable».

Les choses sont plus complexes. D’abord, le PQ sort d’une décennie très difficile. À quelques reprises (en 2002, en 2007 et en 2011), il a failli être rayé de la carte. Ce parti né de la Révolution tranquille risquait de subir le même sort que l’Union nationale autrefois: disparaître avec l’époque qui l’a vu naître. D’autant que la question constitutionnelle ne passionne plus les Québécois comme autrefois.

Nouveaux clivages

De nouveaux clivages émergent. On parle souvent de la «gauche» et de la «droite». La gauche souverainiste a trouvé un refuge à Québec solidaire. Les nationalistes de centre-droite sont tentés par la CAQ. Et la réduction du poids des Québécois francophones dans l’électorat rend de plus en plus complexe l’obtention d’une majorité électorale pour le PQ. Une part croissante de l’électorat est perdue d’avance pour les souverainistes.

Il y a aussi des raisons plus circonstancielles. Le PQ est encore marqué par un début de mandat chaotique. Il paie le prix de sa faiblesse économique. Il lui manque une connexion vers le monde des affaires. On l’a vu autour de la question de l’équilibre budgétaire. Il lui faudrait reconnaître qu’une société ne peut dépenser durablement plus qu’elle ne produit de richesse. Réalisme économique élémentaire oblige.

Dans ce contexte, quelle est la part de la stratégie identitaire? Peut-on lui faire porter la responsabilité des actuelles difficultés péquistes? Ce serait aussi grossier qu’inexact. D’abord, parce qu’il ne s’agit pas que d’une «stratégie». mais bien d’un retour aux fondements existentiels du projet souverainiste: il s’agit d’abord d’assurer la survie et l’émancipation du peuple québécois. L’indépendance n’a pas de sens si elle n’est pas connectée à l’identité québécoise.

Cela ne veut pas dire que la stratégie identitaire a les vertus d’une potion magique dopant immédiatement les résultats électoraux du PQ. Elle donnera ses effets peu à peu. D’abord, en donnant une nouvelle crédibilité à l’option souverainiste. Ensuite, en favorisant l’intégration des immigrants et en précisant les attentes de la société d’accueil à leur égard. Enfin, en révélant la contradiction fondamentale entre l’identité québécoise et le multiculturalisme canadien.

À moyen terme

Autrement dit, on ne saura si cette «stratégie» a fonctionné qu’à moyen terme. À travers elle, le PQ pourrait trouver là un nouveau carburant durable pour son option, d’autant plus qu’il exprime des préoccupations légitimes. Le désir d’enracinement renaît dans notre monde. Si la «stratégie identitaire» fonctionne, le Québec pourrait bien être indépendant d’ici à dix ans. Si elle échoue, ce sera probablement le signe que le vieux rêve d’un pays est définitivement crevé.

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