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Élu à l’Académie française

«Le français m’a ouvert le grand paysage du monde» -Dany Laferrière

Jour de vote pour Dany Laferrière
Photo d'archives Dany Laferrière, auteur de Journal d’un écrivain en pyjama et de Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, a aussi reçu l’insigne d’Officier des arts et des lettres de France en 2012.

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Dany Laferrière devient «immortel» et se joint aux 37 autres membres de l’Académie française.

L’écrivain et chroniqueur Dany Laferrière franchira la grande porte de l’Académie française, étant à la fois le premier Québécois et le premier Haïtien à y obtenir un fauteuil.

L’auteur québécois d’origine haïtienne succède ainsi au journaliste et écrivain Hector Bianciotti, décédé en juin 2012. Avant lui, Montesquieu et Alexandre Dumas fils, entre autres, avaient occupé ce siège.

C’était évidemment jour de fête, hier, à Port-au-Prince, où l’écrivain se trouvait pour l’inauguration du premier Salon du livre international en Haïti.

«L’Académie française, c’est une mythologie tellement forte dans ma culture haïtienne, tellement forte que c’est quelque chose d’extrêmement important, d’autant plus que je sais que les gens en sont très fiers», a souligné l’auteur.

En matinée, les gens se sont réunis pour écouter la conférence de presse qu’a donnée Dany Laferrière. «Je suis épuisé, j’ai l’impression qu’un camion de marchandises m’a passé dessus, mais ce sont des marchandises d’amour et de fierté !» a-t-il ajouté, après un marathon d’entrevues.

«Toute la ville de Port-au-Prince est très contente. Ici, il y a souvent des manifestations, de la violence et des situations sociales et économiques difficiles. Mais cette fois, nous avons une bonne raison de nous réunir», a expliqué l’auteur.

UN VENT DE FIERTÉ

La première ministre du Québec, Pauline Marois, a souligné la « prestigieuse élection » de M. Laferrière. «L’œuvre de M. Laferrière fait honneur à la langue française. Je suis convaincue qu’il saura apporter à l’Académie française une contribution exceptionnelle et y faire entendre une voix originale », a-t-elle affirmé.

Pour sa part, le ministre de la Culture, Maka Kotto, a dit ressentir « un mélange de fierté, d’admiration et de reconnaissance pour ce que vient d’accomplir Dany Laferrière. C’est la littérature québécoise et la littérature haïtienne qui entrent avec lui à l’Académie française.»

Cette fierté était partagée par plusieurs hier sur les réseaux sociaux. Le député péquiste Léo Bureau-Blouin a qualifié l’élection de « grand moment », tandis que François Legault a mentionné que Dany Laferrière est un de ses écrivains favoris. De son côté, le journaliste François Bugingo a affirmé qu’il s’agissait «d’un vote pour l’histoire».

La diaspora haïtienne du Québec était aussi très heureuse de l’élection de M. Laferrière.

«Par rapport à l’enseignement qu’on a reçu en Haïti, en tant qu’ancienne colonie française, nous avons un niveau de langue très soutenu en français, a souligné Robert Stanley Figaro, de la radio haïtienne CPAM. Dany Laferrière a eu ce bagage en Haïti et a perfectionné son art et sa poésie au Québec. »

M. Figaro espère que le monde portera un regard nouveau sur Haïti. «Dany va ouvrir la porte à d’autres écrivains tout aussi talentueux avec sa notoriété. Il ouvre plusieurs portes en ce moment, en montrant aux jeunes qu’ils pourront se consacrer à la littérature.»

CONTRIBUTION ATTENDUE

Il faudra attendre pour voir ce que Dany Laferrière pourra apporter à l’Académie française, «mais c’est l’énergie qui compte, a ajouté le principal intéressé. Je suis entré parce qu’ils ont bien voulu m’accepter. Les académiciens ont vu en moi quelque chose que je ne vois pas encore.»

L’auteur ajoute qu’il a à coeur le rayonnement de la langue française, «parce qu’elle est parlée par énormément de gens et qu’elle relève d’une culture très ancienne. C’est à travers cette langue que j’ai découvert les grands auteurs. Le français m’a ouvert le grand paysage du monde.»

Dany Laferrière, qui devra faire un discours de remerciement lorsqu’il prend place dans le fauteuil qui lui est réservé, assure qu’il aura en tête «le visage éternel de sa grand-mère». «Si elle était vivante, elle serait sûrement très fière, parce qu’elle a toujours voulu mon bonheur», a-t-il conclu.

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