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Le patron de l’UPAC «estomaqué» par tant de corruption

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Entretien avec le patron de l'UPAC, Robert Lafrenière

Le grand patron de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), Robert Lafrenière, n’en revient pas de constater à quel point les problèmes de corruption sont répandus au Québec.

«Je ne pensais pas que c’était si gros que ça, si profond», a admis le commissaire à la lutte contre la corruption, qui a reçu hier le Journal dans son bureau, à Montréal, pour faire le bilan annuel.

L’ancien policier et sous-ministre se rappelle du scepticisme de plusieurs intervenants lors de la création de l’UPAC, en 2011.

«Plusieurs m’ont dit, au départ: on va tuer une mouche avec une masse. Et puis finalement, c’est plus gros qu’une mouche (rires).»

Au fil des enquêtes, la perception a toutefois changé.

«Il y a des mentalités que je ne pouvais pas imaginer. Je viens estomaqué. Des fois, les gens (enquêteurs) me parlent et je leur réponds: entends-tu ce que tu me dis?», raconte-t-il à propos de cas tous plus renversants les uns que les autres.

Preuve de l’abondance pour les policiers de la corruption, l’UPAC a d’ailleurs réalisé en 2013 une année record, à tous les points de vue. Elle a notamment atteint des nouvelles marques en matière d’arrestations (66) et de signalement reçus de la part de citoyens (1250).

Aussi, jamais autant de dossiers de corruption n’ont été entre les mains des enquêteurs.

«C’est une excellente année», se félicite le commissaire en contemplant son bilan, qui se lit comme un véritable tableau de chasse.

GROSSE PRISE À LAVAL

Y a-t-il encore des domaines qui ont échappé aux profiteurs malhonnêtes?

«Ah Seigneur… Sûrement qu’il y a des domaines où il n’y a pas de corruption. Maintenant, si vous me demandez de les identifier… On peut vous dire qu’avec les signalements qu’on a, il y a de la corruption dans beaucoup de domaines», laisse tomber le commissaire.

Robert Lafrenière est particulièrement fier de l’aboutissement d’une «enquête majeure» comme celle qui a permis l’arrestation de 37 personnes à Laval, et le dépôt d’accusations de gangstérisme contre l’ex-maire Gilles Vaillancourt. «On peut s’imaginer la somme de travail que les hommes et les femmes (de l’UPAC) ont dû déployer pour arriver à une conclusion comme ça», évoque-t-il.

Le volet prévention de son organisation a également pris son envol, avec des rencontres de sensibilisation avec plusieurs municipalités et organismes publics.

PAS DE COUPABLE

Seule ombre au tableau de l’UPAC: pas une seule personne arrêtée depuis la création de l’organisme n’a encore été jugée, et encore moins reconnue coupable.

Par exemple, Richard Marcotte, l’ex-maire de Mascouche accusé de fraude et corruption il y a bientôt deux ans, n’a pas encore comparu. Idem pour Frank Zampino, Paolo Catania et Tony Accurso.

Le commissaire avoue que d’assister à des condamnations est le «summum» pour un enquêteur, mais il se dit «convaincu que l’appareil judiciaire fait le maximum».

«Ce sont des délais importants, mais il faut faire avec. Les enquêteurs le savent, il y a tout un processus. La divulgation de la preuve, les procédures préliminaires qui doivent avoir lieu avant le procès, etc. On est habitués à ça, je pense que les policiers ont la couenne dure par rapport à ça, et moi aussi», dit-il.

Ce qu’il a dit...
«
Je pense que les citoyens se rendent compte qu'il n'y a personne qui est à l'abri, peu importe ta fonction, ton statut, ta couleur politique, on est là pour faire les arrestations qu'il faut.»
«
Des choses qui se faisaient il y a plusieurs années ne se font plus en 2013. Il n'y a rien de gratuit. Quand vous allez prendre un lunch, quand vous êtes invités par quelqu'un, c'est quoi l'intention réelle en arrière de ça?»
«
Quand quelqu'un vous invite gratuitement à un spectacle, au hockey, à une fin de semaine, vous avez le doigt dedans. Vous venez de vous mettre le doigt dans le tordeur, et puis là les choses peuvent aller tout le temps en empirant.»
«
On a encore des signalements de partout dans la province. Les gens pensent que ça arrive juste autour de Montréal, mais je peux vous aviser qu'on a des signalements qui nous viennent de toutes les régions au Québec.»
«
La corruption est là où il y a de l'argent, où il y a des contrats publics. Les gens pensent juste à la construction, mais il y a toute sorte d'autres affaires. L'année passée, on a établi nos cibles avec l'informatique, avec Hydro-Québec, les municipalités, la surveillance des chantiers du MTQ…»
«
Il ne fait pas baisser la garde. Je pense qu'on a peut-être arrêté une hémorragie, mais il faut que la vigie se poursuive, il faut que la menace soit là pour les corrupteurs.»
«
Si j'avais un vœu pour 2014, ça serait de récupérer plus d'argent qui nous est volé. On en récupère une partie, mais je suis convaincu que les montants éludés sont beaucoup plus gros de ça.»
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