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Incendie | Chapais

Un drame collectif encore tabou

En 1979, 48 personnes sont décédées dans l’incendie d’une salle communautaire à Chapais. Un drame dont se souvient encore tout le village du Nord-du-Québec.

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Il y aura 34 ans le 1er janvier, 48 personnes en plein réveillon périssaient dans les flammes d’un incendie ravageur dans la salle des fêtes du petit village de Chapais. Une tragédie dont témoins et proches des victimes portent encore les traces.

Il y aura 34 ans le 1er janvier, 48 personnes en plein réveillon périssaient dans les flammes d’un incendie ravageur dans la salle des fêtes du petit village de Chapais. Une tragédie dont témoins et proches des victimes portent encore les traces.

La nuit du 31 décembre 1979 a tourné au cauchemar lorsque Florent Cantin, un jeune homme de 21 ans, s’est amusé à enflammer les branches de sapins qui décoraient la salle communautaire de Chapais avec son briquet.

De nombreux résidents s’y étaient réunis pour célébrer la nouvelle année. Quarante-deux personnes sont mortes brûlées sur le coup, six autres ont succombé à leurs blessures dans les jours qui ont suivi.

Au fil du temps, ce drame est devenu un sujet tabou dans le petit village minier du Nord-du-Québec. Certains habitants se sont interdit d’en parler pour tourner plus rapidement la page. Mais 34 ans plus tard, les cicatrices demeurent ouvertes.

Cette «loi du silence» a laissé d’importantes séquelles, expli­que en effet Thérèse Villeneuve, une travailleuse sociale auteure d’une thèse sur l’intervention psychosociale à Chapais, 20 ans après.

Au terme d’un délicat travail de recherches et de rencontres sur le terrain, l’experte souligne l’impact et les conséquences inimaginables causés par de telles catastrophes: «Entre 12 et 20 personnes sont directement touchées par le décès d’un proche et 25% de plus le sont indirectement.»

Il est souvent difficile d’identifier la souffrance des personnes qui ne font pas partie du cercle restreint de la famille d’une victime, puis de leur assurer un suivi post-traumatique, ajoute-t-elle.

De plus, certains taisent leur douleur, car celle de leur voisin est pire. «À Chapais, la personne la plus touchée que j’ai rencontrée, c’est une religieuse qui avait perdu 17 de ses élèves.»

INVINCIBLES

De son travail sur place 20 ans après les faits, Mme Villeneuve retient le visage d’une communauté marquée par un chapitre de son histoire très souvent secret, que beaucoup de survivants ne veulent pas rouvrir.

«Ils sont entrés dans le clan des “survivants de”. Sans le vouloir, ils portent une étiquette à vie, explique-t-elle en faisant le rapprochement avec Lac-Mégantic. Ils seront toujours identifiés à ça.»

Et ce refoulement n’est pas sans conséquence, car, à Chapais, certains ont sombré dans l’alcool et la drogue pendant plusieurs mois ou années. «Ils essayaient n’importe quoi pour oublier.»

D’autres ont raconté à Thérèse Villeneuve s’être sentis invincibles. «Ils étaient portés à prendre des risques inutiles. Ils se disaient qu’ils n’étaient pas tuables», rapporte l’experte.

LAC-MÉGANTIC

Quand la travailleuse sociale a appris qu’un train chargé de pétrole avait explosé dans le centre-ville de Lac-Mégantic cet été, elle a immédiatement fait le rapprochement avec Chapais.

Les deux tragédies sont très distinctes, mais les ressemblances sont frappan­tes: près d’une cinquantaine de victimes emportées par les flammes dans une ville où tout le monde connaît son voisin.

Mais contrairement à Chapais, la prise en charge psychosociale est exemplaire à Lac-Mégantic (voir article demain), souligne-t-elle.

La façon dont la mairesse Colette Roy-Laroche gère la situation fera une différence, estime aussi Mme Villeneuve. «Elle utilise avec justesse les mots courage et patience», glisse-t-elle.

Les habitants de la petite ville de l’Estrie auront besoin d’aide à long terme, d’activités de groupe et de lieux de rencontre, poursuit-elle, concluant qu’­«un jour le bonheur reviendra. La guérison est lente, mais, sans jamais oublier, les gens guérissent.»

 

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