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Contrats publics | Informatisation

Du ménage dans le bordel informatique

L’UPAC et le gouvernement se penchent sur les pratiques contractuelles dans le domaine de l’informatique

Du ménage dans le bordel informatique
Illustration Johanna Reynaud

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Après la construction, ce sera au tour des technologies de l’information d’attirer l’attention en 2014 alors que se prépare un grand ménage des pratiques, dans l’espoir que Québec reprenne le contrôle des dépenses en informatique.

Après la construction, ce sera au tour des technologies de l’information d’attirer l’attention en 2014 alors que se prépare un grand ménage des pratiques, dans l’espoir que Québec reprenne le contrôle des dépenses en informatique.

Ces contrats informatiques ont atteint les 3,2 milliards $ depuis 2008, parfois pour pas grand-chose en fin de compte.

Un projet qui passe de 83 M$ à 1 G$, un consultant privé que le gouvernement paie 2355 $ par jour, une voleuse d’ordinateurs nommée cadre dans une société d’État, un appel d’offres visant un seul fournisseur qui est annulé après nos reportages, une firme qui remporte les appels d’offres qu’elle a elle-même préparés: notre Bureau d’enquête a révélé ces derniers mois plusieurs exemples de situations bordéliques. (Autres exemples ci-contre.)

Si certains disent que les fonc­tionnaires changent trop souvent d’avis en cours de pro­jet, d’autres affirment qu’il existe trop peu de firmes se sé­pa­rant le gâteau gouvernemental.

Dépendant du privé

Le gouvernement Marois admet pour sa part que Québec avait développé une trop grande dépendance envers le privé en informatique.

Quoi qu’il en soit, il y a de gros sous dans le monde des technologies de l’information et cela va maintenant intéresser l’Unité permanente anticorruption (UPAC), comme vient de l’annoncer ­Robert Lafrenière, le grand patron de l’escouade policière.

«Le dénominateur commun, a-t-il dit, ce sont les sommes d’argent, et elles sont gigantesques en informatique.»

La dernière année a battu des records en contrats informatiques: 880 M$, dont près de 90 % en services-conseils.

«C’est l’héritage libéral», se défend le président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard, en entrevue à notre Bureau d’enquête.

«Le politique s’était désintéressé de l’informatique […]. Il se demandait quelles étaient ces bibittes-là et gérait seulement les cas infernaux», explique-t-il, ajoutant qu’il prenait le taureau par les cornes pour «exercer un meilleur contrôle».

«On doit s’améliorer»

«Notre gros défi, dit-il, on va l’annoncer en janvier, c’est la révision des pratiques contractuelles. On veut améliorer notre performance, favoriser une plus grande concurrence. Même nous, on doit s’améliorer à l’interne pour mieux contrôler nos risques.»

En plus de rapatrier l’expertise à l’interne et de miser sur le logiciel libre, M. Bédard mentionne que le gouvernement tentera de «freiner le rythme d’investissement».

En d’autres mots, on veut ré­dui­re les contrats avec le privé pour mieux suivre les projets. «Avant, ajoute le ministre, il y avait beaucoup de pression pour réaliser et peu pour con­trô­­ler. Quand tu pousses sur un bord, ça dérègle la machi­ne.»

Pas comme dans la construction ?

M. Bédard assure cependant que rien ne lui permet de conclure qu’il y a là un phénomène qui ressemble à la construction.

«Ce qu’on a là, dit-il, c’est beau­coup de contrats et peu d’entreprises. Il faut favoriser une meilleure concurrence [...]. Quand il y a un seul soumissionnaire, ce n’est pas de sa faute. C’est à nous de regarder comment en attirer plus.»

Il compte aussi continuer d’exiger une plus grande transparence. La pression des médias et le meilleur suivi des projets ont leurs effets sur l’appareil gouvernemental, souligne-t-il.

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