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La première famille du pot

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DENVER - Chez les Williams, le cannabis c'est une affaire de famille. Andy et son frère Peter ont fondé «Medicine Man» en 2008 dans leur sous-sol, c'est aujourd'hui le plus grand dispensaire de marijuana du Colorado. Neuf membres de la famille travaillent dans le hangar de production. À Denver, on les surnomme «The First Family of Weed».

Peter Williams a commencé à faire pousser du cannabis dans son sous-sol il y a quelques années après avoir divorcé de sa femme.

En 2008, quand le boom du cannabis pour usage médical a débuté au Colorado, il a décidé de devenir cultivateur à grande échelle et a embarqué toute sa famille dans l'aventure.

Medicine Man produit environ 180 livres de cannabis par mois, l'équivalent de 105 000$ par semaine. Avec l'entrée en vigueur de la vente libre de cannabis, la compagnie prévoit faire plus de 10M$ par année et compte doubler sa production.

Leur hangar de 20 000 pieds carrés, situé à 20 minutes du centre-ville de Denver dans une zone industrielle, va aussi doubler de superficie au mois d'avril.

À moins de 24 heures de l'ouverture des portes pour accueillir les premiers clients, c'est le branle-bas de combat dans leurs locaux. On a fait appel à des agents de sécurité pour contrôler la file mercredi matin.

Des ouvriers s'affairent à peindre les murs, boucher des trous. La plupart des 46 employés ne rentreront pas à la maison pour la veille du Jour de l'an, il y a trop à faire.

Même la matriarche de la famille, Michelle a été appelée en renfort. Installée dans le bureau, elle remplit des sacs de plastique de cannabis. Élégante jusqu'au bout des ongles, c'est la dernière personne que vous imagineriez les deux mains dans la marijuana.

«J'étais très surprise d'apprendre qu'ils allaient se lancer dans cette industrie, mais je les ai supportés dès le début. Mon mari et moi avons été leurs premiers investisseurs en 2009. Nous avons aidé à planter des graines et tailler les plantes», dit-elle.

«Je suis fière d'eux», ajoute-t-elle, précisant qu'elle ne révèle pas à tout le monde ce que fait sa famille. «C'est délicat comme situation.»

Les enfants de Peter, Kala et Ryan, travaillent à la réception et au contrôle de qualité. Ils nagent dans le cannabis jour et nuit. La famille fume ensemble en rentrant à la maison le soir. Kala fume depuis l'âge de 13 ans.

«Après trois longs mois de préparation, demain sera la récompense. On va essayer de répondre à la demande, même si je ne suis pas sûr qu'on aura assez de cannabis», dit Andy Williams, un ancien ingénieur militaire dans la mi-quarantaine.

À l'étage, des dizaines de barils remplis de cannabis attendent sur des étagères. Ils ont fait des provisions ces derniers mois. On estime que 30% des clients viendront de l'extérieur de l'État.

Dans le nouveau système mis en place par le gouvernement du Colorado, chaque plant de cannabis doit porter une étiquette de radiofréquence pour traquer la marijuana de la plantation jusqu'à la vente.

Ces étiquettes doivent obligatoirement être achetées à la compagnie Franwell en Floride (au coût de 45 sous l'unité). Elles ont été livrées aux dispensaires à la dernière minute. «On devra les installer toute la nuit sur les plantes», explique Elan Nelson, responsable du développement des affaires chez Medicine Man.

«Il y a aussi le nouveau système d'inventaire du gouvernement, le MITS (Marijuana Inventory Tracking Solution) qui a planté ce matin, mais on sera prêts», promet Andy.


Profession: tailleur de cannabis

À chacun son 9 à 5. Au deuxième étage du hangar de production de Medicine Man, on retrouve la salle des tailleurs. Une dizaine d'employés aux doigts de fées s'affairent à tailler délicatement les têtes de cannabis, la dernière étape avant le séchage.

Chaque tailleur a un poste de travail décoré de photos de leurs enfants ou de leurs chiens comme dans n'importe quel bureau, sauf qu'ici, au lieu d'avoir les doigts sur le clavier, ils ont les deux mains dans le cannabis, huit heures par jour.

L'odeur dans cette pièce est dix fois plus puissante et concentrée que dans les salles de culture.

«Quand on sort d'ici et qu'on va au magasin les gens posent des questions, mais on s'habitue», dit Sean Norton, 27 ans, qui travaille à la plantation depuis un an.

«C'est le meilleur job du monde, s'exclame-t-il. Je rêve au cannabis la nuit. Je me suis démoli le dos à travailler en construction, maintenant je suis mieux payé et je peux en plus consommer pour réduire la douleur.»

Doit-on consommer cannabis pour faire ce genre d'emploi? «Non, mais c'est sûr qu'on doit aimer la plante», dit Laura Herzog qui travaille aussi à Medicine Man depuis un an.

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