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LA PRAIRIE

De retour à l’orphelinat où elle a grandi

Pierrette Demers
(Photo - Joëlle Bergeron) Pierrette Demers habite la résidence La belle époque pour la deuxième fois de sa vie. Jeune, elle y a passé 11 ans comme pensionnaire de l’orphelinat. Elle tient des photos d’elle et de sa sœur Mariette, prises lors de leur premier séjour.

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Pierrette Demers a passé 11 années de sa vie à l’orphelinat Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, à La Prairie. Ironiquement, 82 ans plus tard, c’est dans ce lieu qu’elle a détesté – aujourd’hui transformé en résidence pour personnes âgées – qu’elle vit des jours heureux.

«Je dois être un peu maso pour avoir choisi de revenir ici!», explique la résidente de La belle époque l’œil moqueur.

Mme Demers est née le 26 janvier 1925 dans la paroisse de Saint-Maxime, devenue LeMoyne en 1949, et maintenant fusionnée à la Ville de Longueuil.

À l’âge de 2 ans, la cadette d’une famille de sept enfants perd sa mère. Quelques mois plus tard, son père se remarie avec une femme, qui elle, a deux enfants. En vraies Javotte et Anastasie (les demi-sœurs de Cendrillon), les filles font la vie dure à Pierrette; au point où sa grand-mère doit intervenir et prendre la petite sous son aile.

«Dans ce temps-là, à 50 ans, tu étais vieux, dit Mme Demers. Mes grands-parents étaient âgés et n’ont pas pu me garder très longtemps, alors j’ai été confiée à l’orphelinat. Les gars étaient déjà à Huberdeau et les filles à Notre-Dame-des-Sept-Douleurs.»

Des années pénibles

À 5 ans, Pierrette rejoint ses sœurs Fleurette et Mariette, qui sont déjà prises en charge par les religieuses. Comme leur père ne paie pas pension pour elles, elles n’ont pas droit au même traitement que les autres.

«On nous hébergeait par charité, raconte la pensionnaire. Au souper, ceux qui payaient avaient leur verre de lait et, nous, on buvait du lait caillé avec de la cassonade pour changer le goût. Quand les autres partaient dans leur famille, nous, on restait là à pleurer.»

Pour gagner son pain, la petite Demers apprend à coudre, rapiécer et tricoter. Elle fait aussi partie de la chorale et chante à la chapelle, qui existe toujours à la résidence La belle époque.

«Je garde peu de beaux souvenirs de mon enfance. Les coups de strap et les humiliations étaient choses courantes, dit la dame de 88 ans. Je pense que j’ai voulu revenir ici pour voir si des photos ou des traces de notre passage étaient encore là.»

Écrire son histoire

Celle qui a travaillé dans une usine de munitions durant la Deuxième Guerre mondiale, a toujours voulu raconter son histoire. Pour ce faire, elle a commencé à en écrire les grandes lignes.

«Quand j’ai fait lire mon manuscrit d’une quinzaine de pages à mon garçon, il s’est fâché parce qu’il ne comprenait pas que personne de ma famille n’ait voulu me prendre. Je lui ai dit: si c’est pour te mettre dans cet état, j’arrête.»

Même si elle n’écrira probablement jamais le récit de sa vie, celle qui a élevé ses trois enfants à Sainte-Catherine est bien heureuse d’avoir fait la paix avec son passé et d’avoir «mené une bonne vie».

 

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