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Documentaire Secondaire V

Avoir 16 ans aujourd’hui

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Ce sont plus de 70 jours que le réalisateur Guillaume Sylvestre (Durs à cuire) a passés avec des étudiants de secondaire 5 de la polyvalente multiculturelle Paul-Gérin-Lajoie, à Montréal, pour réaliser son documentaire Secondaire V.

Ce sont plus de 70 jours que le réalisateur Guillaume Sylvestre (Durs à cuire) a passés avec des étudiants de secondaire 5 de la polyvalente multiculturelle Paul-Gérin-Lajoie, à Montréal, pour réaliser son documentaire Secondaire V.

Sans mot dire, Guillaume Sylvestre s'est immiscé dans les classes, s'est lentement laissé accepter par ces jeunes de 16-17 ans et a laissé la caméra capter leurs derniers moments avant le grand saut vers le Cégep, un moment entrecoupé par la crise du printemps 2012, qui fait encore des remous aujourd'hui.

Quelle est la genèse du film ?

Ça faisait longtemps que je voulais faire quelque chose sur l'adolescence. Je voulais entrer dans une école, et les 16-17 ans c'est un âge qui m'intéressait. Je me disais qu'une école, c'est quand même une espèce de microsociété. Et je voulais aller dans une école publique au coin de la rue de chez moi, m'enfermer là, puis voir ce qu'il s'y passait. La première idée, c'était de faire quelque chose à propos de «c'est quoi avoir 16, 17 ans aujourd'hui?» Et PGL (Paul-Gérin-Lajoie) est très représentative de la population montréalaise. C'est très multiethnique, mais pas plus que d'autres écoles: Côte-Saint-Luc, Jeanne-Mance, etc.

Ce film n'aurait pas pu être fait en région ?

Il y a 30 élèves et presque 30 nationalités. Tout ce melting-pot m'intéressait beaucoup. Je voulais faire quelque chose sur la réalité montréalaise, sur l'intégration et sur l'identité, vues évidemment à travers le point de vue de ces jeunes-là.

La direction avait-elle des réserves envers votre projet ?

Oui, ça, c'était très compliqué. Ça a été long, car ce sont tous des mineurs. Je filme tout, je ne veux pas qu'on m'empêche de filmer des affaires. Mais il faut être décent aussi, tu ne rentres pas n'importe où, mais je ne voulais pas avoir de limites à ce que je pouvais tourner. Et j'ai tourné sur un an. Les trois premiers mois, je n’ai presque rien gardé de ce que j'ai tourné. À un moment donné, ils t'oublient et tu deviens un meuble. C'est là où ça devient intéressant, mais c'est sûr que ça prend du temps.

Est-ce que des élèves prenaient la parole ou étaient plus actifs en raison de la présence d'une caméra ?

Non, je ne pense pas. Peut-être au début, mais je n'ai rien gardé quand ça changeait quelque chose. Même les profs m'ont dit qu'ils étaient surpris. J'ai passé pas mal de temps dans les cours d'éthique et de monde contemporain, et je n'existais plus à un moment donné. On a fait un premier visionnement ici [cinéma ExCentris] avec les élèves et quelques personnes. Il y a des gens qui sont sortis de là scandalisés, puis d'autres personnes sont ravies du système d'éducation. Donc, ça polarise beaucoup, mais au moins, ça soulève des questions.

Est-ce que les événements du printemps 2012 ont dénaturé votre idée de départ ?

Non, pas du tout. Ça faisait partie de ce qui se passait et en même temps ce n'est pas un film sur le Printemps érable. C'est une école secondaire, pas le Cégep. J'ai tourné beaucoup de manifestations en dehors de l'école, mais j'ai tout jeté ça au montage, pour rester dans le périmètre de l'école.

Le choix de ne faire aucune narration était-il décidé au départ ?

Oui. Je ne voulais pas d'entrevue, pas de narration, mais plutôt être un observateur.

Des moments difficiles lors du tournage ?

Ce qui a été difficile c'était de briser la glace. Ça a été long pour que les jeunes oublient [ma présence]. Mais il y a eu des moments émotifs: quand les jeunes parlent d'intimidation, le rapport des filles à leurs corps, l'identité...

La différence entre votre expérience de secondaire 5 et la leur ?

Moi j'étais au privé, au Collège de Montréal. Ils m'ont mis dehors d'ailleurs... Ce n'était que des gars quand j'étais là, je détestais ça, c'était la pire école de ma vie. Ce que j'ai trouvé maintenant, c'est que c'est le bordel parfois et ça parle fort. Parfois, on a l'impression qu'il n'y a pas de cours, que ce ne sont que des discussions entre jeunes, mais en même temps ils sont très articulés, ils discutent. Ils ont un sens critique très aiguisé qui n'existait pas quand j'étais au secondaire. C'est surprenant.

Avez-vous espoir que ce film soit présenté dans les écoles ?

Je pense qu'éventuellement oui, ça ferait un bon sujet de discussion dans les écoles secondaires. Pour le moment, on le sort en salles et on verra. Les jeunes qui l'ont vu, ça leur a soulevé plein de questions.

 
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