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Charte : le cirque est en ville

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Le mardi 14 janvier 2014, la commission parlementaire sur le projet de loi 60 portant sur la charte des valeurs replongera encore une fois les Québécois dans une séance de thérapie collective parfaitement inutile et accessoire.

Le mardi 14 janvier 2014, la commission parlementaire sur le projet de loi 60 portant sur la charte des valeurs replongera encore une fois les Québécois dans une séance de thérapie collective parfaitement inutile et accessoire.

Excité à l’idée de titiller la fibre nationalo-identitaire du Québec profond (le Québec des régions), le gouvernement de l’identitaire des Marois, Lisée et Drainville a finalement trouvé une recette qu’il espère politiquement payante, celle de miser sur l’insécurité des Québécois face à l’islam politique et à l’intégrisme religieux.

Prétextant une menace aux valeurs et à l’identité québécoise, l’occasion était belle d’instrumentaliser un débat riche en émotions vives, carburant par excellence pour éveiller les antagonismes, marque de commerce d’un parti qui plafonne maintenant autour de 32% dans les sondages. Au lieu d’agir en hommes et femmes d’État responsables, la mise en scène du gouvernement Marois n’avait de but que celui d’obtenir une majorité parlementaire lors d’une élection automnale, ce qui n’a malheureusement pas eu lieu.

RESPONSABILITÉS

Le constat est clair. Si le but de l’exercice avait vraiment été de réaffirmer la neutralité de l’État et les valeurs que nous chérissons tous (égalité entre les hommes et les femmes, liberté d’expression et de presse, séparation de l’Église et de l’État), le gouvernement avait l’occasion de régler la chose promptement, et en nous épargnant la politique-spectacle de l’automne dernier. La commission de ce printemps ne sera donc qu’un Acte supplémentaire à une pièce que l’on saura prolonger jusqu’à une prochaine échéance électorale. Dommage.

Parce que la menace provenant de l’islam et de l’intégrisme religieux est réelle. Les acquis de nos sociétés libérales seront toujours fragiles. L’égalité entre les hommes et les femmes, par exemple, n’est pas négociable, de même que nos libertés et droits fondamentaux énoncés dans nos chartes québécoise et canadienne.

Cela dit, la légèreté avec laquelle le gouvernement et certains pro-charte sont prêts à transgresser les libertés et droits individuels, fondements mêmes de notre société de droit, est littéralement assommante. N’a-t-on pas la responsabilité au préalable, de clairement identifier le problème et de nous assurer que le remède sera le bon?

Enfin, ne pourrait-on pas s’entendre pour régler l’essentiel: l’encadrement serré des accommodements religieux accompagné de politiques d’immigration qui encouragent la venue de gens qui partagent les principes et valeurs de nos sociétés libérales?

CRAINTE DE L’ISLAM

La propagande péquiste actuelle peut être efficace pour ce qui est de creuser les écarts factices entre Québécois et Canadiens et même entre Québécois. Mais le problème auquel nous faisons face n’a rien à voir avec le multiculturalisme canadien, pas plus qu’avec le gouvernement des juges. La crainte de l’islam politique n’est pas une caractéristique québécoise; elle est également partagée par nos voisins canadiens. La neutralité de l’État n’est nullement menacée par le port d’un hijab ou d’une kippa par un fonctionnaire ou un médecin.

Le débat actuel n’est pas non plus un débat entre des droits individuels et des droits collectifs. Combattre l’islam politique peut même mieux se faire au nom de la défense des libertés individuelles.

Malheureusement, j’ai bien peur que le cirque printanier ne fasse qu’ajouter à la confusion. Dommage. Vraiment dommage.

 

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