/news/currentevents
Navigation
Enfants | Liberté

Les enfants ont-ils perdu le droit de se déplacer librement ?

Les enfants ont-ils perdu le droit de se déplacer librement ?
Photo d'archives

Coup d'oeil sur cet article

En 1926, un enfant de huit ans pouvait marcher près de 10 km pour aller pêcher, sans la surveillance d’un adulte. De nos jours, un enfant du même âge peut à peine s’éloigner seul à plus de 300 mètres de sa maison. Ce phénomène menacerait leur santé mentale, affirme un médecin britannique.

Comment les enfants ont-ils perdu le droit de se déplacer librement en l’espace de quatre générations?

C’est la question que pose le DrWilliam Bird, un médecin britannique qui a observé, entre 1926 et 2007, les habitudes de déplacements des enfants de huit ans d’une même famille – les Thomas – dans une ville du nord de l’Angleterre nommée Sheffield.

Dans un rapport présenté lors d’une conférence sur la nature et la santé organisée par le Dr Bird il y a quelques jours en Angleterre, le médecin décrit les déplacements quotidiens de quatre enfants. L’auteur raconte qu’en 2007, Edward se rendait à l’école en voiture avec sa mère et ne s’éloignait jamais trop de la maison familiale. Au même âge, en 1979, Vicky, la mère d’Edward pouvait marcher seule un peu moins d’un kilomètre jusqu’à la piscine. En 1950, Jack, le père de Vicky, pouvait marcher 1,6km, seul en forêt.

«En quatre générations, la famille est aux antipodes en termes de richesse, mais je ne suis pas sûr que nos vies sont plus riches», constate Vicky, la mère du petit Edward.

Lâchés lousses

William Bird souhaite ainsi démontrer à quel point les enfants d’aujourd’hui ont perdu ce précieux contact avec le monde et la nature, ce qui, selon lui, pourrait à long terme fragiliser leur santé mentale.

«Si les enfants n’ont pas été en contact avec la nature, ils n’ont jamais développé une relation avec l’environnement naturel et ils sont incapables de l’utiliser pour faire face au stress», explique-t-il dans une entrevue donnée au Daily Mail.

Les enfants sont de moins en moins lâchés lousses dans la nature. La majorité d’entre eux ne se rend même pas à l’école à pied.

À Montréal, seulement 25 % à 30 % des enfants marchent pour aller à l’école, dans le reste de la province, ce taux dégringole à 9 %, affirme la géographe Marie-Soleil Cloutier.

«Les enfants ne développent plus l’expérience de la rue, certains ont de la difficulté à interagir avec d’autres usagers de la rue. Les accidents d’enfants piétons surviennent d’ailleurs surtout à 6-7 ans parce qu’ils sont trop petits et à 12-13 ans parce qu’on les lâche lousses sans expérience», explique la chercheuse de l’INRS.

Dans une étude publiée en 2011, la géographe a démontré que plus des deux tiers de ces accidents surviennent dans les quartiers pauvres; seulement 1 accident sur 20 se produit dans les quartiers riches.

Un constat qui, selon elle, ne justifie pas de restreindre les courts déplacements des enfants.

«Il faut surtout s’assurer qu’ils gagnent graduellement de l’expérience dans des conditions sécuritaires avec une semi-supervision», ajoute-t-elle.

Zéro risque zéro

«Le risque zéro n’existe pas, tranche l’ergothérapeute Francine Ferland. Dès qu’on met le pied dehors, il y a un risque», observe-t-elle.

Auteure de nombreux ouvrages sur le développement des enfants, Mme Ferland croit que les parents doivent viser l’équilibre en évitant de les surprotéger.

«On ne peut laisser les enfants sans surveillance comme en 1926, mais on peut faciliter les jeux physiques à l’extérieur. Les études démontrent que ça favorise leur concentration, leur appétit, leur sommeil et libère leur stress», conclut-elle.

Commentaires