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Les nouveaux intégristes

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Non, je ne parle pas ici de femmes voilées et de maris qui veillent sur leur « honneur ». Ces intégristes n’ont rien de nouveau. C’est leur présence chez nous qui l’est.

Non, je ne parle pas ici de femmes voilées et de maris qui veillent sur leur « honneur ». Ces intégristes n’ont rien de nouveau. C’est leur présence chez nous qui l’est.

Non, les nouveaux intégristes, ce sont ces fidèles qui se prosternent pieusement devant le droit actuel, désormais immuable et intouchable, comme s’ils étaient devant le mur de Lamentations ou à La Mecque.

Pour eux, le Barreau parle et c’est comme si Moïse venait de descendre de la montagne avec la Parole divine. Disons les choses comme elles sont: il faut remettre ces gens à leur place.

Vivant

Le droit est vivant, évolutif, jamais figé. Comme il est fabriqué par des humains, il peut être modifié par eux. Toute la question est de savoir qui doit le faire évoluer: les élus du peuple ou des juges non élus.

Il nous a fallu quelques siècles pour comprendre qu’il valait mieux que les élus du peuple, malgré leurs limites et leurs petits calculs partisans, fixent nos règles de vie, plutôt que des rois ou des juges non élus, tout aussi calculateurs.

Ah, mais les chartes de droits ne sont pas des lois ordinaires, dira-t-on. Vrai, mais elles peuvent mal vieillir, comme tout le reste.

À l’époque, quand on s’est doté de mécanismes légaux pour protéger les minorités, les croyances religieuses étaient un aspect parmi d’autres à côté d’un handicap physique, de la couleur de peau, de l’orientation sexuelle, etc.

Ces dispositifs légaux n’avaient pas été conçus pour encadrer une percée vigoureuse de religions souvent issues d’univers culturels très éloignés du nôtre.

Au contraire, notre droit s’est même écrit dans un contexte culturel de déclin de la pratique religieuse et de son déplacement vers la sphère privée.

Faut-il absolument qu’un choix personnel devienne un droit fondamental?

Bref, on se retrouve avec des instruments juridiques inadaptés aux nouvelles réalités auxquelles nous sommes confrontés. Il n’est donc pas illégitime de vouloir revisiter le coffre à outils.

Civilité

L’insuffisance du droit actuel est encore plus manifeste quand la revendication religieuse est le fait de gens qui refusent de voir que la discrétion et la retenue sont des lubrifiants essentiels de l’harmonie sociale.

Si j’entre dans une église, je me découvre la tête. Si j’entre dans une synagogue, je fais le contraire. Si j’entre dans une mosquée, j’enlève mes souliers. Simple convention de discrétion, de respect et de civilité.

Quand une personne porteuse d’un signe religieux ostentatoire entre dans un bureau gouvernemental pour y chercher un service, on ne lui demande même pas de l’enlever. Très bien.

Mais si cette personne travaille pour l’État, le représente, l’incarne, en tire ses revenus, et que cet État se dit neutre, est-il illégitime de lui demander de refléter cette neutralité par une apparence empreinte de discrétion et de retenue?

La foi religieuse est un choix personnel, pas la couleur de la peau ou l’orientation sexuelle
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