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Santé

Mon pire ennemi

La maladie, elle, n’attend pas. Elle est bien organisée. Tout ce dont elle a besoin pour achever son œuvre, c’est du temps justement.

LE TEMPS MANQUE PARTOUT
Photo fotolia

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J’aimerais bien le tuer, mais je n’en ai pas le loisir, je suis trop occupé. Je sais bien cependant qu’un jour, comme il le fait avec tous les autres, c’est lui qui me tuera. Entretemps, je fais tout ce que je peux pour éviter qu’il n’en tue d’autres qui ne méritent pas de mourir tout de suite à cause de lui.

J’aimerais bien le tuer, mais je n’en ai pas le loisir, je suis trop occupé. Je sais bien cependant qu’un jour, comme il le fait avec tous les autres, c’est lui qui me tuera. Entretemps, je fais tout ce que je peux pour éviter qu’il n’en tue d’autres qui ne méritent pas de mourir tout de suite à cause de lui.

Le temps, voilà mon ennemi. On dit de lui que c’est de l’argent. Oui. Sur les tempes! J’ai passé toute ma vie professionnelle à le transformer en expérience et je sais mieux que quiconque les dommages qu’il peut faire à la santé si on le laisse faire, car le temps n’attend pas pour le faire.

En traumatologie, il ne me laisse qu’une toute petite heure. Celle que les Américains ont qualifiée d’«heure dorée» (The Golden Hour). Pour arriver à préserver des vies et à rendre à la personne victime de traumatismes le plus d’autonomie possible, l’intervention en traumatologie est basée sur des prémisses bien précises: le temps est l’élément crucial et le plus important durant la phase aiguë du traumatisme pour influencer la survie du patient et atténuer les séquelles qui découleront de sa malchance. Le travail effectué durant cette première heure est de loin le plus important. Ailleurs aussi le temps compte…

LE TEMPS MANQUE PARTOUT

Comme je le soulignais dans mes dernières chroniques, un mal sournois s’infiltre partout sur la planète. De plus en plus de gens ont commencé à prendre du poids. Souffrant d’abord d’embonpoint bon nombre d’entre eux sont devenus obèses et parmi ceux-ci plusieurs ont atteint le stade d’obésité morbide qui signifie qu’une ou des maladies sont reliées à leur excès de poids comme, par exemple, le diabète, l’hypertension, les maladies coronariennes, l’arthrose ou le cancer. Un état auquel s’ajoute la souffrance psychologique et, pour bon nombre, la détresse. Plusieurs sont devenus invisibles, car ils ont peine à se déplacer ou n’arrivent plus à le faire. Au Québec, plus de 300000 personnes ont rejoint les rangs des obèses morbides et leur nombre ne cesse de croître. La situation est telle que les coûts, uniquement pour le traitement des maladies découlant de leur obésité, représentent un pourcentage non négligeable des frais de santé.

Plusieurs ont tout essayé pour perdre du poids sans réussir toutefois à en perdre suffisamment et à maintenir leur perte. L’intervention chirurgicale apparaît alors comme l’ultime solution. Une opération qualifiée de «chirurgie bariatrique». Pour ceux qui pourraient profiter d’une telle chirurgie, le temps d’attente est de 4 à 7 ans. Pendant ce temps, le nombre d’obèses morbides ne cessera malheureusement de croître.

L’ATTENTE

S’il y a un temps pour ne rien dire, il y a un temps pour parler, même si on ne peut pas tout dire. Le temps est une lime qui travaille sans bruit. Le problème de pénuries de main-d’œuvre dans le secteur de la santé et des services sociaux est bien connu et la situation n’est pas près d’être réglée. Des solutions sont envisagées, mais elles nécessitent toutefois du temps. La maladie, elle, n’attend pas. Elle est bien organisée. Tout ce dont elle a besoin pour achever son œuvre c’est du temps justement. À cet égard, les listes d’attentes la servent bien. La pénurie de moyens et de main-d’œuvre fait en sorte que plusieurs chirurgies de courte durée, comme les chirurgies bariatriques ou mammaires par exemple, sont inexorablement retardées.

Dans ce dernier cas, le cancer du sein est le type de cancer le plus souvent diagnostiqué chez la femme. Une sur neuf risque d’en être atteinte au cours de sa vie. Dans la plupart des cas, le fait de détecter le cancer à un stade précoce accroît les chances de réussite du traitement. Encore faut-il que ce traitement débute sans trop tarder.

ACHETER DU TEMPS

En 2008, j’ai créé la FONDATION RONALD DENIS avec pour mission d’amasser des fonds pour supporter toute approche médicale innovante tant dans le diagnostic, le dépistage, le traitement, les équipements, la recherche, la formation et la prévention.

Dans le temps, je me disais qu’ainsi le futur serait mieux. Aujourd’hui, je me dis que ce qui est le mieux pour assurer un futur à mes patients, c’est de prendre le temps de les opérer… et, comme il est de plus en plus difficile de se faire donner le temps pour opérer, j’ai décidé d’innover en l’achetant.

Les fonds recueillis par la FONDATION RONALD DENIS servent désormais à acquérir du temps opératoire dans le secteur privé afin que mes collègues et moi-même puissions y réaliser les chirurgies de courte durée que l’Hôpital du Sacré-Cœur peine à réaliser tant pour les chirurgies bariatriques que pour celles reliées au cancer du sein. Libéré de celles-ci, le bloc opératoire de l’HSCM peut désormais accueillir plus de cas plus lourds.


Pour en savoir plus: www.fondationronalddenis.com

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