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La pauvreté alimentaire: l’autre visage des inégalités

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Ces dernières années, la question de savoir si les écarts de richesse dans la population québécoise s’accentuent ou s’amenuisent fait à la fois les manchettes et, surtout, fait débat. Toutefois, lors de ces débats, les différentes positions limitent leur réponse aux revenus. L’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal a publié un rapport il y a quelques années qui apportait un tout autre regard face aux inégalités de revenus. Dans ce rapport, l’évolution de l’espérance de vie entre des quartiers riches et d’autres plus défavorisés de Montréal est analysée. L’espérance de vie a augmenté pour tous et donc, l’écart d’espérance de vie entre les riches et les pauvres est demeuré stable. Cependant, cette stabilité n’est pas très réjouissante, on parle d’une différence de 11 ans d’espérance de vie entre certains quartiers. Il y a donc des impacts beaucoup plus larges et importants que le simple fait d’une inégalité des revenus, lorsque l’on parle d'écart de richesse. On pourrait réduire le débat en disant que la pauvreté est moins pire ici qu’ailleurs, ou encore qu’il y a une culture de la malbouffe qui serait le corolaire de la précarité. Et si la bonne nutrition était plus un problème systémique qu’une question de choix personnel ou culturel? Ce qui expliquerait en partie l’écart de l’espérance de vie entre les riches et les pauvres.

Plusieurs facteurs expliquent l’accès plus difficile à certains aliments en situation de précarité :

Il y a évidemment des considérations économiques qui font en sorte que le prix des aliments a grimpé plus rapidement que l’Indice des prix à la consommation (IPC) au cours des dernières années. De 2007 à 2012, il y a eu une hausse de 19% alors que l’IPC faisait un bond de 10%. De plus, le salaire minimum a augmenté moins rapidement que le prix des aliments. Évidemment, bien que tout le monde soit touché, les personnes vivant dans une situation de précarité le sont davantage.

Il y a également les déserts alimentaires. Globalement, ce sont des zones dans lesquelles l’accès à des aliments sains n’est pas possible à distance de marche. En général, ces déserts sont situés dans des quartiers qui possèdent les plus basses espérances de vie, donc les plus pauvres. Les répercussions sont importantes. Souvent, ce sont des dépanneurs qui comblent le vide et vendent les aliments plus cher que les grandes surfaces.

Quand il y a des épiceries dans les quartiers plus défavorisés, celles-ci font des mises en marché différentes que dans les autres quartiers. Évidemment, il va coûter plus cher de faire son épicerie en début du mois qu’à n’importe quel autre moment, simplement parce qu’il y a moins de rabais. De plus, une recherche détaillée expose que la manière de présenter les produits dans les quartiers plus défavorisés fait moins de place aux produits considérés comme sains et seront vendus un peu plus cher que dans les quartiers plus riches.

Donc, en plus des inégalités qui continuent de croître au Québec, d’une espérance de vie plus basse pour les personnes vivant dans la pauvreté, nous laissons des quartiers complets dans l’insécurité alimentaire.

5 commentaire(s)

Jérôme Gélinas Bélanger dit :
23 janvier 2014 à 11 h 49 min

La pauvreté alimentaire est largement provoquée par la culture et l'éducation des gens. La part économique a peu d'impact selon moi dans l'équation finale. De nombreuses denrées sont extrêmement bonnes pour la santé telles que les légumineuses, les céréales complètes, les oeufs, les légumes racines et la laitue sont très économiques. Toutes ces denrées se retrouvent dans l'ensemble des épiceries et même chez plusieurs dépanneurs (quoique plus dispendieuses à ce moment). J'étudis dans le domaine de l'agriculture et de l'alimentation et je peux vous affirmer que le principal obstacle à l'accès à l'alimentation en amérique du nord n'est pas le niveau de vie, mais l'éducation relative à l'alimentation. La plupart des gens vivant dans des conditions de pauvreté compensent leur manque d'éducation alimentaire en s'appuyant sur des aliments congelés, en conserve ou transformés qui s'avèrent dispendieux et peu nourrissants.

Nelson dit :
23 janvier 2014 à 11 h 53 min

Nous élisons des gouvernements qui préfèrent acheter des armes que s'attaquer à la pauvreté et manques alimentaires, et que laissent s'en aller nos industries gagnent pain et nos emplois.

Les politiciens par nous élus laissent que leurs amis nous piquent notre économie pour faire plus de fric ailleurs.

Impossible compétition avec des salaires de 60 sous heure des chinois, donc, nous devons préserver notre autonomie alimentaire, bancaire, industriel, financière, NOUS MÊMES.

Réal Gagnon dit :
23 janvier 2014 à 15 h 54 min

Ce que vous dîtes a du sens. Mais la pauvreté n'est pas nécessairement un empêchement à la saine alimentation. Allez faire un tour des un supermarché vers la fin du mois où les chèques de BS sont émis et jetez un coup d'œil dans les charriots d'épicerie. Pas tout le temps, mais très souvent vous y verrez des cartons de grosses bouteilles de liqueurs douces, des cartons de cigarettes et des aliments congelés tout préparés. Et ces denrées que je viens de nommer sont en général plus chères qu'un emballage de viande, qu'un contenant de yogourt ou autres produits de santé. Chacun est libre de ses choix. Un meilleure éducation populaire aiderait peut-être.

jackwood dit :
23 janvier 2014 à 16 h 20 min

Et c`est quoi votre solution ? Augmenter les impôts et les taxes pour décourager le travail et faire fuir les entreprises ?

Louis-Philippe Champagne dit :
27 janvier 2014 à 12 h 56 min

Pauvreté et inégalité sont deux choses très différentes qui n'ont rien a voir.

Dans une société inégalitaire, les pauvre peuvent être plus riches que dans une société égalitaire. Exemple: Cuba vs USA.