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Agression sexuelle

Tania Pontbriand coupable d'agression sexuelle sur un élève de 15 ans

Le juge dit qu'elle s'est «servie» de sa victime

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Photo Agence QMI, Joël Lemay

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L’ex-prof Tania Pontbriand a été reconnue coupable hier d’agression sexuelle sur un élève de 15 ans, qu’elle aurait utilisé pour «satisfaire égoïstement son appétit sexuel».

Le juge Valmont Beaulieu a rendu sa décision jeudi au palais de justice de St-Jérôme. Dans un jugement dur à l'endroit de Tania Pontbriand, il s'est dit convaincu qu'il y avait absence de consentement à cause «d'abus de confiance» créé par l'accusée. Il a noté que la preuve relève une «inégalité profonde entre l'accusée et la victime».

Pontbriand était accusée d'avoir entretenu une relation amoureuse interdite avec un étudiant, alors qu'elle était en position d'autorité vis-à-vis de lui, de 2002 à 2004. Il avait 15 ans. Elle le double, soit 30 ans.

Le jeune homme aujourd'hui âgé de 27 ans a dit en cour avoir eu plus de 300 relations sexuelles avec son enseignante. De la fabulation, a décrié la défense au procès.

ADOLESCENCE «DÉTRUITE»

Dans son jugement de 155 pages, le juge Beaulieu a expliqué qu'il «croyait» les témoins entendus par la défense, qui avaient dit que Mme Pontbriand était une enseignante dévouée et qu'elle a toujours agi avec la présumée victime «comme elle agissait avec d’autres étudiants», avec qui elle était proche.

Or, le juge dit être convaincu hors de tout doute raisonnable que la preuve «analysée avec grand soin» révèle «beaucoup plus qu'une simple relation professeur-étudiant» dans ce cas-ci.

La victime avait raconté en cour que c’est lors d'une activité de vélo organisée par l'école que lui et l’enseignante ont appris à mieux se connaître. Fuyant une moufette qui venait de s’introduire sur le terrain de camping, l’accusée et lui s’étaient cachés dans la cabine d’un camion. Ils y étaient restés jusqu’au lever du soleil, après s’être fait des confidences personnelles, a-t-il raconté en 2011.

Plus tard, la femme avait donc invité seule la victime à un week-end en camping dans les Laurentides. «Ce roman que nous avons commencé, nous devons le terminer», lui avait-elle dit. C'est sous une tente, la nuit du 19 mai 2002, que l'ex-prof d'éducation physique et le «chouchou» de la classe ont eu leur première relation sexuelle.

«Par la suite, le roman ne s'est pas seulement écrit, mais a été vécu, devint très dommageable et détruisit même l'adolescence de [la victime] et l'a conduit à abandonner sa scolarité», peut-on lire dans le jugement.

Certes, la victime a passé «de bons moments» avec l’accusée, qui était réputée pour être la plus «cool et hot» de l’école, reconnaît le juge. Mais selon lui, Pontbriand «s'est servie» du jeune homme afin de «répondre à sa satisfaction sexuelle, exploitant ainsi la naïveté, le manque de maturité, sa dépendance et la confiance de ce dernier alors que le plaignant était son élève», peut-on lire dans le jugement.

Il ajoute que la preuve démontre que du début jusqu'à la fin de la relation, l'accusée a «dominé» le jeune, qui était devenu «complètement dépendant d'elle, lui accordant sans retenue sa confiance».

«UN OBJET» POUR ELLE

Le juge précise que Tania Pontbriand ne s'est jamais souciée de l'état psychologique de son amant, «qui était devenu pour cette dernière un objet afin de satisfaire égoïstement son appétit sexuel».

La relation secrète des amants interdits a duré deux ans. En 2007, il a décidé de dénoncer son ex-maîtresse aux policiers. Le procès de la femme de 43 ans s'est ouvert en septembre 2011 et s’est déroulé sur deux ans, de façon discontinue.

Dès le début du procès, elle a déposé une requête pour faire avorter les procédures pour délais déraisonnables, en vain. Pontbriand arguait que 52 mois s’étaient écoulés entre son arrestation et le début de son procès, qui devait commencer en septembre 2010. Mais il avait été reporté, notamment pour permettre des expertises visant à trouver l'ADN de l'accusée sur un sac de couchage du plaignant.

«J’ai complètement perdu ma réputation», avait déclaré Tania Pontbriand à l’époque, afin de convaincre le juge d’annuler le procès.

Suspendue sans solde depuis son arrestation en juillet 2008, elle déplorait alors ces «fausses accusations» qui ont eu de graves conséquences sur sa vie, notamment sur le plan financier, avait-elle dit.

C’est une des rares fois où on a pu entendre témoigner cette mère de deux enfants. En effet, en aucun temps durant le procès n'a-t-elle accepté de livrer sa version des faits qui lui sont reprochés.

Tania Pontbriand a peu réagi hier à l'annonce de son verdict. Elle ne connaitra pas sa sentence avant plusieurs mois. Les procureurs doivent avant tout faire leurs représentations au juge avant qu'il ne décide de la peine. La cause revient en cour le 8 mai prochain. D'ici là, elle est en liberté. Elle l'a été tout au long des procédures judiciaires.

Extraits du jugement
«
Lors de l’événement (la première relation sexuelle), [l’élève] se sentait mêlé. Elle était sa professeure, mariée et âgée de 30 ans, tandis que lui était âgé de 15 ans. »
«
Une telle relation devait se vivre en secret, car autrement elle n’aurait pu être réalisée. »
«
Lorsque le tribunal a analysé longuement la crédibilité du plaignant, il se devait de considérer que ce dernier […] avait menti et caché des faits à sa mère […]: s’il avait parlé, le tout se savait. »
«
L’accusée a dominé [l’élève] devenu complètement dépendant de l’accusée, lui accordant sans retenue sa confiance, s’isolant de ses amis, perdant son intérêt pour ses études, se disputant avec sa mère. »
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