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Incendie | L'Isle-Verte

Un article de fumeur serait à l'origine du drame de L'Isle-Verte

Bruno Bélanger

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Le drame de L’Isle-Verte aurait pu être causé par un mégot de cigarette, croit fermement le plus important témoin de la tragédie, qui a livré sa version des événements à notre Bureau d’enquête.

Bruno Bélanger, gardien de nuit à la Résidence du Havre, était le seul employé éveillé lorsque l’incendie a éclaté dans la nuit de mercredi à jeudi.

Sous le choc et se tenant à l’écart de la petite localité depuis le sinistre, M. Bélanger se dit «sûr à 95 %» que l’incendie a été causé par un article de fumeur. Moins d’une heure avant que l’alarme se déclenche, il a empêché un résident de sortir à l’extérieur pour fumer une cigarette. Il est interdit de fumer dans l’immeuble.

M. Bélanger explique que les résidents n’étaient pas autorisés à sortir après 23 h puisque les portes se verrouillaient de l’extérieur. De plus, en raison du froid intense, le gardien a invité l’homme âgé à regagner sa chambre et attendre au lendemain pour sa cigarette.

CHAMBRE 206

L’employé, qui avait certains doutes, est allé surveiller le résident quelques minutes plus tard dans sa chambre, la 206. M. Bélanger s’est ensuite rendu à la cuisine (au rez-de-chaussée) afin d’effectuer les préparatifs pour le déjeuner. Une heure plus tard, après le coup de minuit, l’horreur débutait.

«L’alarme part. La centrale m’appelle. On me demande si j’ai besoin d’aide, j’ai dit: “Oui, vite, vite, le feu est pris, c’est urgent. Dépêchez-vous” (…). Je ne savais plus quoi faire», dit-il.

«Je suis monté au deuxième étage. J’avais ma petite idée.» Il remarque aussitôt que le brasier provient surtout de la chambre 206, qui est au-dessus des cuisines. «Il y avait de la fumée par-dessus la porte. Là, j’ai commencé à suffoquer. C’était noir de fumée. Je me disais que j’allais mourir ici», poursuit celui qui a aussi donné sa version aux enquêteurs.

«Là, j’en perds des bouts, c’est tellement épouvantable», ajoute-t-il, en sanglots, pour raconter les instants qui ont suivi. En cinq minutes, le feu s’était déjà propagé à une vitesse «épouvantable».

Tout en tentant d’alerter les résidents qui pouvaient l’entendre, le gardien n’a eu d’autres choix que de sortir de l’immeuble, pour survivre. En quittant les lieux parmi les cris, il a secouru un résident qui venait de se briser une jambe en sautant de son balcon. «Il rampait. Je le tirais pour le sortir de là», relate M. Bélanger, qui mentionne que plusieurs résidents médicamentés ont pu ne pas entendre l’alarme et ne jamais se réveiller.

UNE SCÈNE MARQUANTE

«Et là, j’ai vu ce monsieur au deuxième étage. Le feu sortait des murs et cognait dans sa fenêtre. J’ai dit au pompier: “Vite, ce monsieur essaie de sauver sa vie”», peine-t-il, la voix brisée.

«J’étais attaché à tous ces gens-là. Je pense à l’horreur de les voir se battre pour leur vie. Je pense à cette dame qui allait avoir 100 ans. Je ne sais pas ce qu’elle a pu faire, c’est indescriptible. (…) Je pense aussi à ce qu’on va dire aux petits-enfants… Ce n’est pas mesurable.»

Son plus grand souhait? Que tous les Québécois sachent qu’il a fait «tout son possible», demande-t-il, de tout cœur.

— Avec la collaboration d’Édith Hammond, TVA Nouvelles

 

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