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Alexandre Taillefer : le succès entrepreneurial dépend du talent, de l'intuition, mais aussi de la chance

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Alexandre Taillefer & MF Bazzo

Photo : site Web de Télé-Québec

La semaine dernière, Alexandre Taillefer, entrepreneur québécois et Dragon bien connu, était l'invité de Marie-France Bazzo à  l'émission Bazzo.tv. Vous pouvez écouter l'entrevue de dix minutes directement sur le site de Télé-Québec, mais en voici les extraits principaux qui traitent d'entrepreneuriat :

Marie-France Bazzo : Pourquoi créer des entreprises en série et ne pas s'asseoir sur un succès? Est-ce que la stabilité vous effraie?

Alexandre Taillefer : Je dirais qu'il s'agit de « touche-à-toutisme ». Je pense que je suis intéressé par tellement de sujets et il y a tellement de choses à faire dans la vie. J'amène une entreprise à un certain niveau et celle-ci peut désormais vivre seule. Je suis donc en mesure de faire d'autres projets après.

MFB : Quelle est la part d'intuition quand on est entrepreneur? Il y a du calcul, de la stratégie c'est sûr, mais il doit y avoir une part d'intuition importante?

AT : Il y a une question d'intuition, mais il y a aussi une question de chance aussi. Il ne faut pas se le cacher. La chance devient de moins en moins importante avec le temps, mais, quand on a un premier succès à 21-22 ans, il faut qu'il y ait un alignement de planètes.  Dans le cas d'Intellia (sa première entreprise), ça a été beaucoup de chance et un peu de talent. Et maintenant, je pense que je comprends mieux les aléas de la création d'entreprises et je suis en mesure d'être plus efficace.

MFB : Est-ce qu'on naît entrepreneur ou c'est quelque chose qui se travaille?

AT : C'est une bonne question. On essaie de trouver l'ADN d'un entrepreneur. J'étais assez calme et réservé quand j'étais jeune. J'ai suivi des cours d'improvisation. Je dis ça souvent quand je donne des conférences sur l'entrepreneuriat, je pense qu'on peut le développer. Prendre des cours de théâtre ou d'improvisation sont des choses extrêmement importantes, de même que toutes les compétences transversales à l'école, que ce soit artistiques, sportives, ou même les cours d'entrepreneurship. Il faut permettre aux étudiants de toucher à autre chose que la matière primaire qui est enseignée à l'école.

MFB : Quand je parlais d'intuition, il y a vraiment quelque chose. Il faut sortir de ce qu'on pense être le cadre vraiment strict de ce qu'est un entrepreneur?

AT : Il y a une théorie mathématique qui est à la base d'à peu près tout dans l'univers : la théorie de la courbe normale. Plus l'entrepreneur s'éloigne du centre, plus il est spécial.  Il a des compétences différentes. Et plus il a de compétences qui vont le différencier, plus je pense qu'il va avoir du succès.

MFB : Vous participez à l'Oeil du Dragon : qu'est-ce que cette visibilité vous apporte? En quoi aviez-vous besoin de ça?

AT : C'est une bonne question. Je vous avoue que je me suis beaucoup penché sur ce sujet. Je ne suis pas certain que c'est quelque chose que je voulais. Il est maintenant plus difficile d'aller manger avec des amis. Tout le monde a un beau-frère qui a un projet absolument extraordinaire. J'ai reçu beaucoup de cartes d'affaires de beaux-frères depuis un an! Mais mon profil public est quelque chose d'important, il me permet de partager des valeurs comme, par exemple, la promotion de l'art et de la culture au Québec. Je peux faire quelque chose d'important pour la société. Cette visibilité me donne aujourd'hui des outils qui me permettent de parler du Musée d'art contemporain de Montréal (il en est le président du conseil d'administration) et de faire venir les gens au musée.

MFB : Vous avez dit à l'émission « Les grands moyens » quelque chose de vraiment étonnant. Vous voyez une limite à votre richesse. Vous avez dit que vous ne vouliez pas devenir milliardaire. Ce n'est pas banal comme déclaration?

AT : Ça mérite explications. Ça ne veut pas dire que je n'aimerais pas ça être milliardaire, mais, à un moment donné, passer 100 % de sa vie à travailler très fort, à focaliser uniquement sur le travail, sans s'impliquer dans les organismes sans but lucratif ou comme agent de changement dans la société, c'est quelque chose que je ne suis pas prêt à faire. Le matin, je déjeune avec mes enfants. Le soir, je fais le souper avec ma femme et mes enfants. Pour moi, ce temps-là est très très important. Quelqu'un qui décide de laisser de côté sa famille, ses amis, la culture, une implication sociale pour faire plus d'argent, ce n'est pas mon style.

MFB : Agent de changement social, ce n'est pas quelque chose qu'on entend beaucoup dans la bouche d'un entrepreneur. Comment voyez-vous votre rôle là-dedans?

AT : On a tous une responsabilité en tant que citoyen pour s'impliquer dans la vie, que ce soit la vie politique ou sociale. On est devenu un peu déconnecté de l'appareil politique. La politique se décide à Ottawa, elle se décide à Québec. Je pense qu'on va ramener la politique à des choses beaucoup plus tangibles, beaucoup plus proches de la population. Ça, ce sont des choses qui m'excitent. Quand je rentre au conseil d'administration du MAC et que je suis capable de faire des changements concrets, je me dis « wow ». On est capable tout un chacun de participer et de prendre de petites responsabilités. Ces petits changements vont faire une société meilleure.

MFB : L'implication dans des conseils d'administration, vous dites que vous êtes un agitateur dans les conseils d'administration. Ça veut dire quoi?

AT : Ça prend plus que de la gouvernance surtout dans les PMEs ou dans les établissements culturels. Ça prend des gens qui vont se rouler les manches et qui vont s'impliquer dans les opérations. Pourquoi? C'est très simple. Le musée n'a peut-être pas les moyens d'aller chercher la meilleure équipe de marketing au monde à cause des budgets limités, mais si on est en mesure d'aller chercher un pro du marketing qui vient appuyer l'équipe du musée, on va obtenir de biens meilleurs résultats. Et c'est que j'essaie de faire. Et honnêtement, si je rentre à un endroit où tout baigne, je vais m'ennuyer royalement. J'aime autant quand c'est un peu cassé pour pouvoir faire des changements.