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Police | Arrestations

Jour sombre pour la SQ

Quatre ex-hauts gradés font face à des accusations criminelles

Jour sombre pour la SQ
Photos d’archives Jean Audette, Steven Chabot et Richard Deschesnes se sont présentés au centre opérationnel Est de la police de Montréal, hier, pour que les policiers prennent leurs empreintes digitales et leur photo.

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Les 7700 policiers et employés civils de la Sûreté du Québec devront relever la tête après avoir vécu l’un des jours les plus sombres de l’histoire du corps de police provinciale, hier.

Les accusations de fraude, de vol et d’abus de confiance portées contre quatre anciens hauts gradés de la SQ ont semé l’incompréhension et l’amertume en leurs rangs.

«C’est triste et on ne souhaite évidemment pas ce genre de situation, a commenté au Journal l’inspecteur Michel Forget, responsable des communications de la SQ. C’est certain que ça ne laisse personne indifférent.»

FONDS SECRET

La mise en accusation sans précédent de Richard Deschesnes, le grand patron de la SQ de 2008 à 2012, de son adjoint et responsable des enquêtes, Jean Audette, du prédécesseur de ce dernier, Steven Chabot, et de l’ex-inspecteur chef Alfred Tremblay, fait suite à une enquête ordonnée il y a 13 mois par le ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron.

On leur reproche d’avoir détourné quelques centaines de milliers de dollars d’un fonds secret de dépenses – destiné à mener des enquêtes sur le crime organisé – pour verser une prime de départ à au moins un des accusés (M. Chabot) et payer un consultant en relations de travail.

Ce dernier est l’ex-inspecteur chef Denis Despelteau, négociateur patronal au renouvellement de la dernière convention collective de la SQ, lui aussi inculpé dans ce dossier depuis juin.

CONFIANCE EN JEU

L’onde de choc passée, les policiers doivent «regarder en avant», selon l’inspecteur Forget.

«L’organisation continue sa mission. Nos policiers font bien leur travail. On est là pour arrêter des bandits, sauver des vies et on va continuer», a-t-il dit en évoquant leur tâche difficile sur les lieux du drame de L’Isle-Verte.

Le successeur de M. Deschesnes à la tête de la SQ, Mario Laprise, avait alerté le ministre de ces irrégularités en décembre 2012. Pour lui, l’«intégrité» de la SQ et la «confiance de la population» étaient en jeu.

Selon nos sources, plusieurs policiers sont mécontents et y voient une manœuvre politique pour justifier le changement de garde à la SQ depuis l’arrivée du gouvernement Marois.

D’autres croient que de telles primes de départ étaient octroyées depuis longtemps. Mais plusieurs ont défendu M. Laprise.

Le cabinet du ministre Bergeron et la direction de la SQ n’ont pas commenté davantage.

Le député libéral Robert Poëti, qui a passé 28 ans comme policier à la SQ, était à la fois déçu et rassuré.

«C’est encore plus dérangeant quand des dirigeants sont visés. Je suis inquiet pour le moral des troupes, mais ç’aurait été encore plus inquiétant si ça ne s’était jamais su. Ces hauts gradés ont droit à la présomption d’innocence mais ne doivent pas être à l’abri des lois», a-t-il dit hier.

 
Ce qu’ils ont dit
«
Les actions (...) ont été adoptées dans l’esprit de maintenir les plus hauts standards d’intégrité au sein de l’organisation et de conserver la confiance de la population envers leur institution. »
– Mario Laprise,
directeur général de la Sûreté du Québec
«
Dès que la situation a été connue du directeur général, plusieurs mesures administratives ont été rapidement mises en place dans l’utilisation de ce fonds de dépenses pour éviter que cela se reproduise. »
– Lieutenant Guy Lapointe,
porte-parole de la SQ
«
La Sûreté du Québec vit un deuil. C’est une attaque à l’intégrité et à l’honnêteté de l’organisation. Mais peu importe leur rang, ces hauts gradés doivent être traités de la même façon que tous les citoyens. »
– Le député libéral
Robert Poëti,
retraité de la SQ
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