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Boutique érotique | Étalement des heures d'ouverture

Une juge s’oppose à l’étalement des heures d’ouverture d’une boutique érotique

Les jouets sexuels ne sont pas sanitaires
Photo Geneviève Geoffroy Les propriétaires du Sex-Shop Extasy sur la rue Sainte-Catherine, à Montréal, prétendent vendre des objets hygiéniques nécessaires à la santé sexuelle de ses clients et demandent donc des heures d'ouverture prolongées.

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Une boutique érotique revendique le droit d’ouvrir à l’extérieur des heures normales d’ouverture pour le bien-être de la santé sexuelle des Québécois.

Une boutique érotique revendique le droit d’ouvrir à l’extérieur des heures normales d’ouverture pour le bien-être de la santé sexuelle des Québécois.

Au même titre que les pharmacies, les propriétaires de la boutique érotique X-Tasy, située sur la rue Sainte-Catherine à Montréal, affirment vendre principalement des objets hygiéniques et sanitaires leur permettant de faire exception à la loi sur les heures normales d’ouverture. Le commerce est d’ailleurs ouvert tous les jours de 10h à minuit.

Mais la juge Johanne White, de la cour du Québec, ne l’entend pas de cette façon et vient de rendre coupable le consortium d’avoir enfreint la loi. L’entreprise devra se conformer aux heures normales d’ouverture, soit de 8h à 21h la semaine et de 8h à 17h la fin de semaine.

«Bien que nous soyons en 2014, le Tribunal doute fort que les objets tels que boules chinoises, anneaux vibrants, prothèses et orthèses de forme phallique, et autres constituent des biens dont la nécessité peut se faire sentir en dehors des heures d’ouverture des établissements commerciaux», a-t-elle déclaré.

L’affaire remonte à mai 2008 moment où la boutique a été prise en défaut. À l’époque, un inspecteur du ministère du Développement économique a pu acheter un DVD sexuel «Fucked Tour Wife» à 20h10, un samedi, soit plus de trois heures après l’heure normale permise.

PRODUITS DE SANTÉ

Pour justifier son manquement à la loi, le consortium a fait appel à Michael Campbell, sexologue et psychologue. L’expert a témoigné devant la cour que «sanitaire» veut dire santé et donc santé sexuelle. Suivant cette logique, ceci permettrait d’inclure les produits comme les godemichés, les vibrateurs, les huiles à massage, les livres et les revues érotiques et même de la lingerie dans cette définition. 

«Les vibrateurs ou produits vibrants et les godemichés sont sanitaires car ils favorisent le bien-être sexuel, l’épanouissement et peuvent également aider à combler des dysfonctions, désordres et anomalies sexuelles», a clamé le docteur devant la juge Johanne White.

La boutique vendrait donc 69% de produits «hygiéniques et sanitaires», ce qui serait suffisant pour admettre le public en dehors des heures normales, comme le font les pharmacies, ajoute la défense.

Mais la juge a rejeté cet argument prétendant qu’il ne s’agissait pas d’une «interprétation plausible» et s’est plutôt rangée de l’avis de l’expert de la poursuite, Marc Ravart. 

En 20 ans de carrière, le sexologue et psychologue dit n’avoir jamais entendu le terme «hygiénique» ou «sanitaire» pour faire référence à des objets érotiques.

Par ailleurs, selon l’inspecteur du ministère, ces termes feraient plus référence à des objets qu’on retrouve en pharmacie.

«L’hygiène, ce sont les papiers mouchoirs, ce sont les couches pour les enfants. Et le sanitaire, c’est l’alcool à friction, le mercure au chrome et ce genre de trucs-là pour soigner les blessures, les problèmes de santé», décrit-il.

«PAS DES CAPRICES»

À sa défense, Édith Arsenault, vice-présidente du consortium propriétaire de la boutique, ajoute qu’ouvrir à l’extérieur des heures permises n’est pas un «caprice de commerce», même si elle admet que les recettes effectuées en dehors des heures normales d’affaires sont significatives.

Pour elle, il s’agit de répondre à un besoin en matière de santé sexuelle important alors que sa clientèle se présente davantage en dehors des heures normales d’ouverture.

«La santé sexuelle est aussi importante que la santé physique ou mentale et  on se rend compte que la législation fait en sorte qu’on ne s’occupe pas assez de la santé sexuelle. Si on fermait les boutiques érotiques plus tôt, on fera face à une grande lacune», argue-t-elle. Pour elle, les travailleurs dans les boutiques érotiques sont en quelque sorte des «premiers répondants» en matière de santé sexuelle, ajoutant qu’ils ne sont pas de simples vendeurs, mais des conseillers formés par des sexologues.

«Comme les pharmaciens sont [des premiers répondants] pour les médecins, nous le sommes un peu pour le pharmacien, dit-elle.  Par exemple, va en pharmacie en renseigne-toi pour un lubrifiant ou un condom, le diamètre, la texture, l’épaisseur. C’est très difficile. Une boutique érotique, on est spécialisé et on aide les gens, et là je parle de lubrifiant ou de condom, mais ça peut être psychologique aussi.»

Les avocats reviendront devant la magistrate le 12 février si elles le jugent à propos, sinon le consortium devra payer une amende minimale de 1500$.

Jusque-là, la boutique X-Tasy continuera d’être ouverte de 10h à minuit tous les jours, assure Édith Arsenault. 

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