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L’option mortelle

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C’est au Québec que l’on retrouve le plus haut taux de suicide chez les hommes. À hauteur de 80 % de l’ensemble des suicides.

C’est au Québec que l’on retrouve le plus haut taux de suicide chez les hommes. À hauteur de 80 % de l’ensemble des suicides.

Cette statistique s’ajoute à toutes les autres qui renvoient une image des Québécois à l’opposé du lieu commun répété sans cesse sur la joie de vivre et la jovialité des gens de party que nous serions. À preuve, la place surdimensionnée des humoristes désormais transformés en agents de changement social, en commentateurs politiques, en icônes laïcs de la nouvelle société dont la soif de rire semble insatiable.

J’écoutais cette semaine la psychiatre Suzanne Lamarre commenter ces statistiques plus élevées qu’à peu près partout au Canada. Elle disait qu’au Québec, contrairement au reste du pays, le suicide semble une option parmi d’autres pour ceux dont la souffrance psychique est intolérable. Hélas, l’option est irréversible.

Comment expliquer qu’une société en arrive à croire que la mort soit une solution au mal de l’âme et que les hommes désespérés transforment le désir de vivre, donc de lutter, de s’affirmer, de s’enrager, en désir de disparaître, de se «libérer» oubliant les survivants plongés dans la détresse?

Il est impératif de s’interroger sur certains aspects de la culture québécoise afin de mieux cerner cette distinction qui est la nôtre. On ne répétera jamais assez qu’une forme de matriarcat psychologique a modelé nos valeurs et nos comportements. Les femmes apparaissent moins fragiles que les hommes. Elles se déploient mieux préparées sur le terrain émotionnel, mieux armées qu’eux. Les hommes sont demeurés plus taiseux, plus renfermés, incapables souvent d’expliquer leur angoisse. Et le machisme ne leur est plus d’aucun recours. Alors, le romantisme morbide qui transforme le suicide en geste courageux bien qu’il soit plutôt l’expression d’un découragement abyssal apparaît comme une option parmi d’autres.

Libres de choisir ?

S’ajoute à cela la position, appelons-la juridique ou philosophique, qui se résume par deux phrases: «C’est un droit. On est libre de choisir de mourir.» Malheureusement, cette façon de voir chez nombre de gens qui usent de la Charte des droits et libertés d’une manière pour le moins surprenante peut faciliter sans doute le passage à l’acte de personnes en détresse. Sous une apparence de tolérance et de respect de l’autre, n’y aurait-il pas une indifférence doublée d’un refus d’être soi-même dérangé ou remis en question?

Pourquoi plus de suicides au Québec qu’ailleurs au Canada ou que chez les anglophones du Québec? Pourquoi des hommes à 80 %? Pourquoi faut-il une semaine de la prévention du suicide pour regarder ce phénomène en face en découvrant les témoignages bouleversants et empreints de dignité des proches, brisés à vie par le geste de leur mari, épouse, frère, sœur, cousin, ou ami?

Il n’y a pas de lien de cause à effet avec ce qui précède. Mais que penser du fait que le seul projet de loi qui fasse quasi-consensus au Québec porte sur la fin de vie alors que tous les projets de loi sur la vie provoquent des débats houleux qui nous déchirent? Le poids d’une culture de la mort pèserait-il sur nous?

 

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