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Aquin, ce héros

Andrée Yanacopoulo
Prendre Acte, 
Éditions du Boréal
Photo Courtoisie Andrée Yanacopoulo, Prendre acte, Éditions du Boréal

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Le 15 mars 1977, Hubert Aquin s’est enlevé la vie dans les jardins du collège Villa Maria, dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce. Aquin est un des plus grands écrivains québécois, celui avec lequel je me suis le plus identifié.

Le 15 mars 1977, Hubert Aquin s’est enlevé la vie dans les jardins du collège Villa Maria, dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce. Aquin est un des plus grands écrivains québécois, celui avec lequel je me suis le plus identifié.

J’ai lu Prochain épisode, son premier roman, paru en 1965 en pleine agitation politique, comme une révélation et j’ai aussitôt appris par cœur l’incipit: «Cuba coule en flammes au milieu du lac Leman pendant que je descends au fond des choses.» Aquin aimait les courses automobiles, les autos, la vitesse, et c’est pour cette raison que je me suis acheté, à 20 ans, une voiture sport. «Les révolutions de roues lui évoquaient les révolutions politiques.»

La vie d’Hubert Aquin est fascinante, et celle qui a vécu à ses côtés pendant une douzaine d’années, qui a partagé ses passions et ses déceptions, ses hauts et ses bas, dans la plus grande intimité comme dans sa vie publique, l’est tout autant.

Dans un ouvrage autobiographique paru récemment, Prendre acte, Andrée Yanacopoulo, arrivée au Québec au début des années 1960, lui consacre les plus belles pages, du moins pour moi qui demeure toujours aussi fasciné par cet écorché vif qui n’a jamais pu trouver sa place dans une société incapable de reconnaître ses héros.

Aquin, militant indépendantiste de la première heure, intellectuel engagé, a refusé le Prix du Gouverneur général et la bourse qui venait avec ce prix pour son second roman Trou de mémoire: «Mon refus manifestait clairement ma volonté de n’accepter d’aide que venant de mon pays, le Québec.» Il s’est suicidé en 1977, quelques mois après la victoire du Parti québécois et après avoir été renvoyé des éditions La Presse dont il assumait la direction littéraire.

Un regard nouveau

Sa conjointe jette un éclairage nouveau et touchant sur Aquin.

Elle parle, entre autres, de sa fascination de la mort: «C’était un être en train de se quitter, un être qui, inexorablement, douloureusement […] était en marche vers cet au-delà qui le fascinait.» Aquin n’était pas un saint, loin de là. Il avait de nombreux défauts, il était imprévisible, dépensier, dépressif, buvait du scotch en grande quantité, consommait des barbituriques et tranquillisants en aussi grande quantité, mais il avait aussi de grandes qualités, il bouillonnait d’idées, produisait à discrétion de la copie, de la réflexion, il élaborait, organisait».

On peut, parfois, être gêné devant l’étalage de la vie privée de certaines vedettes. Mais cette fois-ci, ce que dévoile Andrée Yanacopoulo avec beaucoup de pudeur et une émotion toujours vive, ne peut que susciter notre adhésion.

Andrée Yanacopoulo demeure inconsolable. Ses mémoires, qui nous entraînent de la Tunisie au Québec, en passant par la Martinique, témoignent de son immense amour pour l’écrivain, le militant et l’amant dont le nom figure aujourd’hui sur un pavillon de l’UQAM. Comment oublier un écrivain d’une telle envergure? «Avec le temps, va…» Non, justement, et cet ouvrage en témoigne.


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