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La Presse en croisade

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Selon un sondage Léger effectué le mois dernier, 48 % des Québécois sont pour la charte des valeurs et 38 % sont contre.

Selon un sondage Léger effectué le mois dernier, 48 % des Québécois sont pour la charte des valeurs et 38 % sont contre.

Chez les francophones, le pourcentage des procharte grimpe à 57 %.

Tsunami anticharte 

Or, quand on lit La Presse, on a l’impression que 99,2 % des Québécois sont contre.

Les quelques textes procharte (signés la plupart du temps Pierre Foglia et Marie-Claude Lortie) sont enterrés sous un raz-de-marée, un tsunami, une déferlante de textes contre la charte. La situation est telle que la Page des lecteurs devrait être baptisée «Cognons sur la charte!» Pas un jour sans qu’un groupe ou un professionnel ne mette en garde les lecteurs de La Presse contre les dérapages racistes, xénophobes et liberticides du projet de loi de Bernard Drainville. Parfois, on trouve même trois textes anticharte publiés côte à côte dans les pages Débats (sic). Sans oublier les éditos de Lysiane Gagnon, d’André Pratte ou d’Alain Dubuc.

Un groupe obscur dénonce la charte? Le texte est publié dans les premières pages sur trois colonnes. Une personnalité connue et respectée (comme Claire L’Heureux-Dubé, ancienne juge de la Cour suprême) l’appuie? À peine si la nouvelle fait l’objet d’une brève.

On ne parle plus ici d’une couverture diversifiée reflétant l’opinion des Québécois, mais d’une véritable croisade, pour ne pas dire d’une opération de propagande.

On fait bloc 

Vous me direz que j’ai écrit de nombreux textes pour la charte. Vrai.

Mais ceux-ci (comme ceux de Joseph Facal, de Christian Dufour et de Mathieu Bock-Côté) sont contrebalancés par les textes de Lise Ravary, Benoît Aubin, Josée Legault et François Bugingo, pour ne nommer que ceux-là, des chroniqueurs redoutables qui ne se sont pas fait prier pour tirer à boulets rouges sur le projet de loi.

Dans Le Journal, il y a un véritable débat entre les chroniqueurs. On s’oppose, on se critique – on s’envoie même promener, parfois, et pas avec le dos de la cuillère. Normal: il s’agit d’un débat émotif, passionné, qui vient nous chercher… Mais à La Presse? C’est le calme plat. Mis à part quelques (rares) exceptions, on fait bloc.

Pas étonnant que le quotidien de la rue Saint-Jacques soit contre l’interdiction des signes ostentatoires: son jupon idéologique est plus visible (et plus étouffant) que n’importe quelle burqa.

Cogner sur le même clou

Cela dit, personne n’est dupe. Ce n’est pas tant la charte que La Presse vise que le PQ et le nationalisme.

Le projet de loi de Bernard Drainville n’est qu’un prétexte pour chanter à nouveau les vertus du fédéralisme et montrer aux lecteurs que sous ses airs «modernes» et «ouverts», le nationalisme québécois est en fait arriéré et rétrograde. «Regardez ce que le PQ propose! Regardez comme les nationalistes québécois sont racistes et ethnocentriques!» Qu’importe si de nombreux immigrants appuient la charte: on répète le message à pleines pages, d’abord dans la section Nouvelles (par une mise en page qui privilégie systématiquement les textes anticharte), ensuite, dans la section Opinions.

La Presse est en guerre contre la charte? Parfait, qu’elle le dise! Qu’elle cesse de faire semblant d’être objective. De toute façon, plus personne n’y croit.

 
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