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Des propos franchement indignes

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Je m’étais presque habitué à ces chroniques virulentes dans les quotidiens populaires du Canada anglais, où Éric Duhaime se permet d’écrire des choses que peu d’anglophones se permettraient sur le Québec.

Je m’étais presque habitué à ces chroniques virulentes dans les quotidiens populaires du Canada anglais, où Éric Duhaime se permet d’écrire des choses que peu d’anglophones se permettraient sur le Québec.

Il y flatte les lecteurs allergiques à cette province corrompue, dominée par les séparatistes et les socialistes, en plus d’être entretenue par la péréquation en provenance du reste du pays.

Je me disais qu’après tout, la liberté de presse existe plus pour protéger l’expression de propos outranciers de ce genre que pour les banalités consensuelles.

Boisclair comme Ford

Cela dit, c’est une chose que de critiquer notre dépendance débilitante à l’égard de la péréquation. C’en est une autre de le faire au Canada anglais, avec la crédibilité toute particulière d’un francophone québécois, au moment où de plus en plus de gens là-bas voudraient changer les règles du système à nos dépens.

J’ai commencé à tiquer vraiment quand, dans son zèle à défendre Rob Ford contre la méchante presse torontoise, Duhaime n’a pas craint de rabaisser le péquiste André Boisclair au même niveau que le maire conservateur.

Une fois n’est pas coutume, cela lui permettait de donner hypocritement en exemple un Québec qui aurait respecté, lui, la vie privée de Boisclair!

On n’avait rien vu! Il y a trois semaines, le chroniqueur touchait le fond en en appelant carrément à l’intervention des forces de police du reste du pays dans les affaires d’un Québec incapable de régler ses problèmes dans le domaine de la construction.

Étant bien entendu que pas un seul des 125 députés québécois n’est capable, selon lui, de défendre les intérêts des travailleurs d’ici.

Héros noirs québécois

C’est le moment où on se dit que la liberté d’expression n’existe pas seulement pour de tels propos indignes et qu’il faut critiquer aussi durement leur auteur qu’il tape lui-même sur le Québec.

Sans compter que, pratiquement au même moment, il exprimait en français à la radio ses regrets que les héros des Québécois noirs se révèlent presque tous être des «zéros». Y compris Barack Obama, supposément «le pire président de l’histoire des États-Unis».

Dans la bouche de quelqu’un ayant appuyé la folle intervention de George W. Bush en Irak, au point d’aller lui-même sur le terrain aider au triomphe de la démocratie!

Cela, alors que l’écrivain québécois d’origine haïtienne, Dany Laferrière, vient d’entrer à l’Académie française, l’institution culturelle la plus prestigieuse du monde francophone!

Le point commun à ces divagations est évidemment la défense inconditionnelle d’une droite radicale à l’américaine, dont sont exclus les conservateurs modérés, de même que toute préoccupation spécifiquement québécoise.

Plus Éric Duhaime est marginalisé dans une société québécoise réfractaire à son messianisme déconnecté, plus forte est la tentation de critiquer cette société avec virulence dans les médias canadiens-anglais.

On cherche en vain un équivalent canadien-anglais qui rabaisserait ainsi sa société dans les médias québécois.

 
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