/news/currentevents
Navigation
Chauffeur d’autobus

Comparé au prédateur, il se suicide

JDQ_QMI-1009290945-003
Agence QMI Carl Dessureault (droite), victime de suicide

Coup d'oeil sur cet article

Exaspéré d’être comparé au portrait-robot de l’agresseur par ses collègues, un chauffeur d’autobus de la Rive-Sud s’est enlevé la vie, en 2010.

Carl Dessureault, 44 ans, a décidé d’en finir avec la vie le 19 septembre 2010.

Auparavant, quand un portrait­­-robot du suspect a été émis, M. Dessureault a essuyé les sarcasmes de plusieurs collègues de travail, en raison de sa ressem­blance avec le dessin.

Si au départ l’affaire pouvait être comique, l’humour s’est transformé en harcèlement­­.

«C’est pour quand ta prochaine victime?»

«Qu’est-ce que ça fait, Carl, de violer des femmes?», lui disaient-ils.

Pourtant, à l’époque, la police avait confirmé que M. Dessureault n’était pas considéré comme un suspect­­.

M. Dessureault a demandé­­ de l’aide au travail et réclamé qu’une note de service le disculpant soit affichée. Après deux semaines de vacances, le harcèlement a repris. Il a été mis en congé par son médecin.

Dans son rapport d’investigation, le coroner Alexandre Crich confirme que les problèmes vécus au travail ont contribué «vraisembla­blement de manière significative à son désarroi»­­­­.

Il a d’ailleurs recommandé à son employeur, la RTL, d’utiliser les circonstances du décès de M. Dessureault pour sensibiliser ses employés aux dangers d’adopter des comportements hostiles envers des collègues, même s’ils peuvent paraître anodins.

Sa mère dévastée

Bibiane Richard a accepté de parler à TVA Nouvelles de la descente aux enfers de son fils et des derniers mois de sa vie. La femme raconte que c'est en juillet 2010 que Carl lui a parlé de ce qu'il vivait au travail. Trois chauffeurs d'autobus et deux superviseurs n'hésitaient pas à le traiter de «violeur» devant la clientèle et lui demandaient qui serait sa prochaine victime.

Loin de percevoir ces remarques comme des blagues, l'homme de 44 ans était très affecté par ce qu'il vivait.

«Carl ne sortait plus de la maison. J'allais toujours le chercher pour faire ses commissions. Il me disait: "Maman, je t'avertis, on va faire mes commissions, ne parle pas à personne et on ressort vite", parce qu'il était déjà catalogué», a relaté Mme Richard.

Changement d'attitude

La mère a beau avoir remarqué un changement d'attitude la semaine précédant le suicide de son fils, jamais elle n'aurait cru que ce dernier mettrait fin à ses jours.

«Il m'avait demandé de lui faire de la tourtière du Lac-Saint-Jean, des tartes aux bleuets, des tartes au citron, des patates jaunes, du rôti de porc, pis j'ai mangé pendant deux jours avec lui de la pizza. [...] Il m'a dit: "Maman, veux-tu me laisser manger ce que je veux vraiment manger..."», a raconté la femme avec émotion.

Lorsqu'elle est partie de chez Carl, le dernier soir, son fils vidait son frigidaire. La femme est même repartie avec deux sacs de nourriture.

«Je ne me suis pas du tout douté, loin de là. Carl ne parlait pas beaucoup de ses émotions. Mais là, il m'a tellement serré fort! Je sens encore ses deux mains sur mes omoplates. Il m'a dit: "Maman, si tu savais comment je t'aime". [...] Je le vois encore en haut de l'escalier à m'envoyer la main, à me dire "je t'aime" et "merci pour tout".»

On connaît la suite: Carl Dessureault s'est suicidé quelques jours plus tard. Dans l'une des lettres qu'il a laissées en guise d'adieu, il expliquait qu'il était «impossible» pour lui de retourner au travail.

«Je leur aurais dévissé la tête»

Bien du temps s'est écoulé depuis ce triste jour, mais Bibiane Richard éprouve encore une grande rancœur envers le RTL et ceux qu'elle appelle «les imbéciles»; ceux qui ont poussé son fils à bout. «Je leur aurais dévissé la tête», dit-elle.

«Le RTL n'a rien voulu faire! Combien de fois le syndicat est allé dans les bureaux du RTL et qu'ils se faisaient répondre qu'il n'y avait pas de harcèlement? Ils étaient bouchés.»

Malgré tout, la mère de Carl Dessureault ne ferme pas la porte au pardon. «Je peux pardonner, mais je n'oublierai jamais. Eux, ils ont ça sur la conscience. Qu'ils s'arrangent avec leur conscience. Je serais ouverte à des excuses et à des regrets. Ils se disaient des amis de Carl, mais avec des amis comme ça, tu n'as pas besoin d'ennemis.»

Elle lance aujourd'hui un message de sensibilisation. «Les compagnies, quand ils ont des plaintes de harcèlement, qu'elles y croient! Qu'elles interviennent», lance la femme. «Ne restez pas aveugles», ajoute-t-elle.

Et au sujet de l'homme arrêté vendredi dernier et qui fait face à 32 accusations? «Tant mieux si ça va blanchir mon fils», dit-elle simplement.

Toujours présent

Plus de trois ans ont passé, mais aux yeux de Mme Richard, son fils est encore présent. Elle dort avec une photo de lui à la tête de son lit et affirme haut et fort que c'est lui qui lui donne la force de parler publiquement de ce qui est arrivé et de continuer sa vie à elle.

«Carl me manque énormément. J'ai les cendres de mes deux fils [NDLR: son autre fils est mort deux ans plus tôt] à la maison et c'est ça qui me tient. Je sais que Carl est toujours avec moi. Il m'avait écrit une lettre pour me dire: "Maman, quand tu seras prête à m'enterrer avec mon frère, tu le feras." Je ne suis pas capable de le faire parce que ça serait de le rejeter comme ses confrères l'ont rejeté.»

- Avec l'Agence QMI

Sur le même sujet
Commentaires