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La nouvelle trahison des clercs

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C’est un beau cadeau que Pauline Marois a reçu hier, avec ce sondage CROP-La Presse où le PQ entre en territoire majoritaire.

C’est un beau cadeau que Pauline Marois a reçu hier, avec ce sondage CROP-La Presse où le PQ entre en territoire majoritaire.

On semble en face d’une vraie tendance, même si certains disent déjà que c’est trop haut trop vite. De fait, il reste bien des écueils avant la victoire majoritaire tant désirée.

Comme ce thème périlleux de l’économie et des finances publiques qui s’annonce dans la campagne. Il y a également la sous-estimation chronique des libéraux, le potentiel de rebondissement de la CAQ de même que le pouvoir de nuisance de Québec Solidaire. Sans oublier, évidemment, la propension des péquistes à se tirer eux-mêmes dans le pied quand les choses vont bien…

Élites québécoises couchées

Cela n’enlève rien à LA chose incontournable révélée par ce sondage, dans la foulée du débat sur la charte de la laïcité: le décrochage entre le peuple et ses élites, couchés devant l’idéologie issue de la constitution de 1982, imposée en partie aux francophones pour les minoriser chez eux.

C’est la Charte qui explique la montée du PQ et la chute des libéraux. Indépendamment de ce que pense le reste du pays, indépendamment de ce que lui martèlent ses élites, le peuple québécois existe bel et bien, nation enracinée dans l’Histoire et société distincte au sein du Canada.

Qu’on soit d’accord ou non avec l’interdiction des signes religieux chez les fonctionnaires, c’était rejeter fondamentalement le Québec moderne que de considérer l’affaire comme « horrible, impensable, effrayante » (Globe and Mail) et de parler de « la charte de la honte », comme l’a fait un éditorialiste influent.

Laïcité importante

La réalité est que les Québécois de 2014, toutes affiliations politiques confondues, y compris les libéraux, ont tendance à penser qu’un fonctionnaire ne doit pas porter de signe religieux, point à la ligne. S’il n’est pas sûr qu’on en arrive un jour à cela, il n’y a rien d’étonnant ni de choquant dans cette conviction, pour qui comprend la dynamique identitaire québécoise d’aujourd’hui.

Comme dans les autres sociétés francophones, la laïcité y est un concept central, plus que dans le reste du Canada, où on fonctionne essentiellement aux accommodements jugés cas par cas.

Le Québec moderne est également différent en ce qu’une partie plus importante de son immigration est de confession musulmane, avec les risques de dérive intégriste chez une minorité.

Chapeau au PQ pour avoir tenu son bout dans ce dossier où il a été au diapason d’une population qui n’est pas parfaite, mais dont toute l’histoire prouve qu’elle n’a pas de leçon de tolérance à recevoir du reste du pays.

La bonne nouvelle est que le peuple québécois continue à exister dans sa différence, envers et contre tous.

La mauvaise nouvelle est qu’une grande partie de ses élites l’ont laissé tomber, nouvelle « trahison des clercs » qui ressemble à celle que Pierre Elliott-Trudeau dénonça dans les années 50.

 

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