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Laïcité sans frontière

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Le Palestinien Walid al-Husseini a passé dix mois en prison, ponctués de séances de torture, pour «blasphème envers l'Islam» sur sa page Facebook.

Le Palestinien Walid al-Husseini a passé dix mois en prison, ponctués de séances de torture, pour «blasphème envers l'Islam» sur sa page Facebook.

Il est maintenant réfugié à Paris où il a fondé l'Association des ex-musulmans de France qui dénonce les ravages de l'intégrisme religieux et milite pour la laïcité. Chez nous, l'écrivaine Djemila Benhabib (Ma vie à contre Coran, et Les soldats d'Allah à l'assaut de l'Occident, lauréate en 2012 du prix international de la laïcité), est l'objet, comme chacun le sait, d'une poursuite judiciaire par une école musulmane de Montréal : en entrevue sur les ondes du 98,5, elle aurait tenu des propos «anticoraniques» et «antiislamiques» pour avoir dénoncé notamment l'obligation faite aux filles, même en bas âge, de porter le voile.

Dans les deux cas, les méthodes sont différentes, mais l'objectif est le même: étouffer toute critique contre une religion. Pourtant, nous vivons au Québec, depuis longtemps, dans une société où rien n'interdit ce genre de critique. Or le procès intenté contre Djemila a toutes les apparences d'une poursuite bâillon.

C'est pourquoi, un mouvement de solidarité s'est constitué: le 23 janvier s'est tenue à Montréal une soirée d'appui en faveur de Mme Benhabib visant à ramasser de l'argent pour l'aider à assumer les frais du procès.

Le 13 février, une réunion du même genre regroupant une centaine de personnes a eu lieu à Paris en présence de Djemila. Des féministes «historiques» comme Élizabeth Badinder et Yvette Roudy, des philosophes, comme Catherine Kintzler, de grandes figures de la laïcité, comme Gérard Delfau, la cinéaste tunisienne Nadia El Fani, le Palestinien Walid al-Husseini, une députée belge, parmi bien d'autres, ont soutenu Mme Benhabib ce soir-là, par leur présence ou par leur appui sous forme de pétition. L'humoriste québécoise, Nabila, a clôturé la soirée par quelques extraits de son spectacle Rebelle non hallal qui connaît un bon succès en France ces jours-ci.

UN DÉBAT QUI DÉPASSE NOS FRONTIÈRES

Cette soirée nous a aussi appris que le débat sur la Charte de la laïcité qui fait rage actuellement au Québec a un retentissement international que l'on ne soupçonnait pas puisque tous ceux et celles présents dans la salle le suivent et appuient les procharte. Dans de nombreux pays, on assiste à la montée des intégrismes religieux qui profitent de nos libertés démocratiques pour pousser leurs programmes visant à investir l'espace public et gouvernemental, à obtenir des accommodements déraisonnables, et même des subventions pour leurs activités de propagation de leur foi. Le fait que le Québec n'est pas seul dans le monde à vouloir mettre un holà à ce système est réconfortant. C'est pourquoi la proposition de la cinéaste Nadia El Fani d'organiser dans les mois qui viennent un réseau international sur ce thème est bienvenue. Créer ce réseau démontrerait aux nombreux sceptiques, notamment parmi la gauche bien pensante, que la laïcité de l'État, qui passe par la lutte contre les intégrismes (cheval de bataille de Fatima Houda-Pépin), n'est pas une «lubie locale», mais une nécessité absolue pour conserver nos droits et nos libertés.

Pourqoi ne pas faire naître au Québec lors d'un rassemblement international cette grande idée d'une laïcité sans frontière?

 

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