/entertainment/tv
Navigation
Le Québec | Une histoire de famille

Les Laframboise

Combattre la confédération

Laframboise carte

Coup d'oeil sur cet article

Terne, consensuel, monolithique le Québec d’autrefois? Il suffit de relire les débats parlementaires de 1865 sur la Confédération pour constater le contraire. Maurice Laframboise et de jeunes députés ne ménagèrent pas leurs efforts pour combattre une loi qui allait donner naissance au Canada moderne.

Terne, consensuel, monolithique le Québec d’autrefois? Il suffit de relire les débats parlementaires de 1865 sur la Confédération pour constater le contraire. Maurice Laframboise et de jeunes députés ne ménagèrent pas leurs efforts pour combattre une loi qui allait donner naissance au Canada moderne.

Curieux de retrouver des «cousins» en France, les 1700 Laframboise du Québec reviendraient déçus de leur voyage dans les Vieux Pays! Au mieux, ils auraient rencontré quelques Français nommés «Framboisier». C’est que les pionniers de cette famille ne portaient pas ce patronyme à leur arrivée. Laframboise fut le surnom de Jean Sénécal, Bertrand

Fafard, Pierre Devoyau, Jean-Baptiste Lafoy et de quelques autres pionniers qui s’installèrent en Nouvelle-France au 17e et au 18e siècle. Un surnom que reprirent certains descendants...

LES « ROUGES »

S’il est vrai qu’avant les années 1960, l’Église exerçait une censure serrée sur les livres et excommuniait les libres-penseurs qui osaient la critiquer, le Québec d’autrefois fut tout de même le théâtre de débats souvent passionnés entre «conservateurs» et «libéraux» qui s’affrontaient avec férocité sur les sujets de l’heure, dans les journaux et au Parlement.

C’est à Saint-Hyacinthe, l’un des foyers du libéralisme et de l’anticléricalisme, que l’avocat Maurice Laframboise s’installe au milieu des années 1840 avec son épouse Rosalie Dessaulles. Cette dernière est la nièce du grand Louis-Joseph Papineau et la sœur de Louis-Antoine Dessaulles, l’un des plus audacieux critiques de l’Église de son temps. Tout naturellement, il se joint aux «Rouges», un groupe de jeunes libéraux qui défendent les grands idéaux démocratiques des patriotes de 1837.

Maire de Saint-Hyacinthe de 1857 à 1860, élu député libéral de Bagot lors des élections de 1858, il est nommé commissaire des Travaux publics en 1863. Ce poste important, il ne l’occupe qu’un an puisque son parti est renversé en Chambre par les conservateurs de George-Étienne Cartier et de John A. Macdonald qui viennent de sceller une alliance avec George Brown, fondateur du Globe de Toronto et anticatholique farouche. Le but de cette alliance, c’est d’unir les colonies britanniques d’Amérique du Nord dans un seul grand dominion où les pouvoirs seraient partagés entre un État fédéral et des États fédérés (les provinces).

MALHEUR AUX CARRIÉRISTES !

Dans le discours-fleuve qu’il prononce le 9 mars 1865, Laframboise ne mâche pas ses mots. Il accuse Cartier et ses collègues conservateurs canadiens-français d’avoir vendu leur âme à la Couronne anglaise. «Nos ministres, déplore-t-il, n’ont eu recours à la confédération que parce qu’elle leur offrait un moyen de conserver leurs portefeuilles et de jouir des douceurs du pouvoir pendant quelques années encore».

Il accuse également les conservateurs de faire preuve d’hypocrisie, eux qui se réclament des évêques, mais qui s’associent à un anticatholique, eux qui disent défendre les valeurs de l’Église, mais qui acceptent qu’une majorité protestante dispose de la délicate question du divorce dans le futur Parlement fédéral où les Canadiens français seront minoritaires.

PLUS D’INSTRUCTION « PRATIQUE »

En 1871, Laframboise poursuit sa carrière politique mais sur la scène québécoise. Fidèle à ses idéaux de jeunesse, il souhaite montrer qu’on peut être un bon libéral sans pour autant renier sa foi religieuse ou tourner le dos à l’Église. Avec d’autres libéraux modérés, il jette les bases d’un nouveau parti et fonde en 1872 le National, un journal de combat.

Parmi les causes qui lui tiennent à cœur, il y a l’instruction. Le Québec accuse d’inquiétants retards par rapport à l’Ontario, déplore-t-il. Pour faire face aux réalités du siècle, les jeunes devaient recevoir une formation plus pratique que littéraire. À son avis, les instituteurs laïcs étaient mieux qualifiés que les clercs pour dispenser cette instruction. Encore fallait-il les payer convenablement!

Nommé juge à la Cour supérieure après avoir été pressenti comme lieutenant-gouverneur, Maurice Laframboise s’éteint en 1882 à l’âge de 60 ans.

(Jean-Paul Bernard, Les Rouges, Lux éditeur, 2001)

Commentaires