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Excision

À 6 ans, elle a vécu un douloureux « massacre sexuel »

Excision et reconstruction génitale
Photo ­marie-pier gagné Habibata Ouarme pleure en racontant en détail l’excision qu’elle a vécue lorsqu’elle était jeune enfant.

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Habibata Ouarme vit toujours avec les douloureux souvenirs du «massacre sexuel» qu’elle a vécu à six ans. Après une reconstruction génitale, elle souhaite redonner espoir à celles qui ont subi une excision.

Habibata Ouarme vit toujours avec les douloureux souvenirs du «massacre sexuel» qu’elle a vécu à six ans. Après une reconstruction génitale, elle souhaite redonner espoir à celles qui ont subi une excision.

«J’étais jeune, mais je me souviens de tout, affirme la femme de 29 ans, originaire du Burkina Faso. Personne ne pourrait oublier une telle douleur, je vous le jure.» 

Hier, lors du premier colloque mondial sur la reconstruction génitale, Mme Ouarme a partagé son histoire devant des dizaines de personnes venues s’informer à ce sujet au Collège Maisonneuve de Montréal.

Mauvais souvenirs

Un matin de 1991, la mère de Habibata a décidé que sa fille «allait devenir une femme.»

«Dans plusieurs pays d’Afrique, tu n’es pas une femme si tu ne te fais pas retirer le clitoris, explique-t-elle. Le plaisir, ça n’existe pas pour une femme. On est là pour procréer, le reste importe peu.»

Mme Ouarme a encore beaucoup de mal à raconter les événements qui ont complètement changé sa vie.

«Elles étaient quatre femmes à me tenir très fort pendant que je me débattais, se souvient-elle, en pleurant. Elles n’avaient aucune pitié. Elles allaient me charcuter les parties génitales, que je le veuille ou non.»

Les jours suivant l’intervention, qui se fait sans anesthésie, ont été très difficiles pour Mme Ouarme.

«Je saignais beaucoup, raconte-t-elle. C’était douloureux pour moi, mais ma mère me répétait sans cesse que c’était un passage obligé, alors j’essayais d’oublier mon mal.»

Sa blessure a finalement bien guéri, mais ça n’a pas été le cas pour quelques amies du même âge.

«J’en ai vu mourir au bout de leur sang», dit-elle, émotive.

Opération réussie

Au cours de son adolescence, Habibata sequestionnait beaucoup sur sa sexualité. Elle avait de la difficulté à concevoir qu’elle n’avait aucun plaisir lors de relations, mais elle croyait que c’était normal.

«J’ai même changé plusieurs fois de copain, pensant que c’était eux le problème», admet-elle.

En août dernier, elle a décidé de prendre le tout en main et de subir une chirurgie reconstructive du clitoris.

Comme les spécialistes de ce genre d’intervention n’opèrent pas encore au Québec, elle s’est rendue à San Francisco pour passer sous le bistouri.

«J’ai hésité au début parce que j’avais peur de souffrir autant qu’à mon excision, affirme-t-elle. Finalement, tout s’est bien passé. Ma vie a complètement changé. Je me redécouvre, je redécouvre mon corps et je redécouvre le plaisir d’être une vraie femme.»

Depuis, elle souhaite redonner espoir aux femmes noires qui ont subi le même sort, en témoignant dans divers événements.

«Il faut que les gens sachent que la chirurgie existe, qu’il y a des spécialistes qui sont là pour nous, dit-elle. Un jour, on réussira tous ensemble à interdire l’excision partout dans le monde.»

Nouvel hôpital

Impliqué dans la lutte contre l’excision, l’organisme canadien Clitoraid ouvrira, le 8 mars prochain, son premier hôpital dédié uniquement à la réparation clitoridienne, au Burkina Faso. Le docteur Harold Henning fera le voyage.

«On va faire des dizaines de chirurgies là-bas, dit-il. C’est un rêve qui se concrétise.»

Dans le monde, plus de 165 millions de femmes ont déjà été excisées.

«Par cette chirurgie, on veut prouver aux “exciseuses” que leur pratique est devenue inutile, ajoute le médecin. Les Africaines peuvent maintenant revendiquer haut et fort leur dignité et leur droit au plaisir sexuel.»

L’excision dans le monde, en chiffres
165 millions
de femmes vivent avec les conséquences des mutilations génitales
3 millions
de fillettes subissent l’excision chaque année
46 %
des femmes de 15 à 45 ans sont excisées en Afrique (98 % en Somalie, 89 % au Soudan, 28 % au Sénégal)
500 000
femmes meurent chaque année à la suite de complications dues à l’excision
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