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Le Québec | Une histoire de famille

Les Prévost/Provost

Avons-nous tous du sang amérindien ?

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Si les premiers colons doivent probablement leur survie aux Amérindiens, sommes-nous pour autant un peuple métissé? Les Québécois de vieille souche ont-ils tous du sang amérindien?

Si les premiers colons doivent probablement leur survie aux Amérindiens, sommes-nous pour autant un peuple métissé? Les Québécois de vieille souche ont-ils tous du sang amérindien?

Les descendants de la famille Prévost ou Provost pourraient être tentés de répondre oui! C’est que Martin Prévost/Provost (1611-1665), l’un des principaux pionniers de la famille, est le premier colon de la Nouvelle-France à marier une Amérindienne. L’événement se produit à Québec en 1644 et l’heureuse élue, une Algonquine, s’appelle Marie Olivier Sylvestre Manitouabeouich. Le couple aura huit enfants.

Les faits

Tout au long du 17e siècle, ces mariages mixtes sont encouragés par les autorités de la colonie. Il faut dire que, jusqu’à l’arrivée des Filles du roi en 1663, la colonie manquait cruellement de femmes et la France craignait d’être dépeuplée. Le métissage semblait donc une solution d’avenir. Quelques mois avant de mourir en 1635, Champlain, visionnaire, explique aux alliés montagnais: «...nos garçons se marieront à vos filles, et nous ne ferons plus qu’un peuple.»

Des recherches très poussées menées par une équipe de démographes de l’Université de Montréal montrent que, durant toute l’époque de la Nouvelle-France (1608-1760), les mariages mixtes ont été très peu nombreux, à peine plus d’une centaine au total. «En 1760, écrit Hubert Charbonneau, la population du territoire actuel du Québec est d’origine française à 97,6 % et amérindienne à moins de 0,4 %.» Après la Conquête, les mariages avec des Amérindiens ne furent guère plus nombreux. Les conclusions de ces chercheurs ne laissent planer aucun doute: le patrimoine génétique des Franco-québécois d’aujourd’hui serait essentiellement français.

Deux raisons expliquent cette absence de métissage. D’une part, le mode de vie sédentaire et austère des colons, exigé par les autorités et l’Église, ne convenait pas à la grande majorité des Amérindiennes qui, dès qu’elles le pouvaient, retournaient vivre parmi les leurs. D’autre part, les enfants qu’eurent probablement, loin de la vallée du Saint-Laurent, de nombreux coureurs des bois avec des Amérindiennes ont généralement été adoptés par les tribus autochtones.

Métamorphose d’un mythe

Si ce mythe du sang mêlé des Québécois ne manque pas d’intérêt, c’est parce qu’il montre à quel point les questions posées au passé sont influencées par les débats du présent.

Au tournant du 20e siècle, ce mythe aurait été propagé par certains milieux britanniques dans le but d’associer les Canadiens français à des «sauvages» et ainsi de discréditer leurs prétentions nationales. Pour contrer ces attaques malveillantes, les historiens Benjamin Sulte et Lionel Groulx insistèrent beaucoup sur la pureté raciale des Canadiens français. S’ils corroboraient sans le savoir la recherche savante qui viendra plus tard, leurs plaidoyers avaient une couleur idéologique.

Le mythe a néanmoins survécu. Durant les années 60, l’autochtone devient, pour toute une frange de la gauche, le «bon sauvage». Son économie basée sur le don, son respect de la nature, sa liberté sexuelle, son éducation ouverte incarnent l’exact contraire de ce qu’on rejette de l’Occident capitaliste, patriarcal, chrétien et élitiste. Dans un tel contexte, avoir du sang amérindien, c’était appartenir, par ses gènes, à des cultures moralement supérieures à cet Occident décadent.

Au Québec, ce mythe continue d’avoir la vie dure. Un chercheur sérieux a déjà avancé, sans preuves solides, qu’au moins 40 % des Canadiens français avaient des origines amérindiennes. L’hypothèse se répandit comme une traînée de poudre parce que beaucoup de Québécois francophones, souvent sympathiques au projet souverainiste, voulaient s’inventer de nouvelles origines. Selon cette perspective, nos véritables ancêtres ne seraient plus les Français – qui nous auraient abandonnés – mais bien les Amérindiens de la vallée du Saint-Laurent.

L’intention est peut-être généreuse, mais elle falsifie l’histoire...

(Hubert Charbonneau, La composante amérindienne de la souche franco-québécoise, Mémoires de la Société généalogique canadienne-française, vol. 62, no 2, cahier 268, été 2011, p. 149-157.)

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