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PKP ramène le vrai débat

PKP ramène le vrai débat
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Après le traumatisme du référendum de 1995, perdu de justesse (49,4 % de oui), le Parti québécois a connu une longue phase d’hésitation à l’égard de la souveraineté du Québec. À plusieurs reprises, on s’est engagé à ne pas utiliser de fonds publics pour faire avancer la cause de l’indépendance et on a souvent cherché à éviter de soulever la question pendant les campagnes électorales. L’accent a été mis sur un bon gouvernement. Bien sûr, de temps à autre, un discours bien senti permettait de maintenir la mobilisation des militants.

Après le traumatisme du référendum de 1995, perdu de justesse (49,4 % de oui), le Parti québécois a connu une longue phase d’hésitation à l’égard de la souveraineté du Québec. À plusieurs reprises, on s’est engagé à ne pas utiliser de fonds publics pour faire avancer la cause de l’indépendance et on a souvent cherché à éviter de soulever la question pendant les campagnes électorales. L’accent a été mis sur un bon gouvernement. Bien sûr, de temps à autre, un discours bien senti permettait de maintenir la mobilisation des militants.

Moi, qui avais dirigé le Parti québécois pendant sept ans, je perdais espoir. Je voyais les forces souverainistes s’éparpiller entre trois partis politiques et des mouvements de citoyens. Je voyais bien à quel point le matraquage continuel de l’opinion publique avec le déficit (dramatique), la dette (catastrophique) et la péréquation (salvatrice) rendait bien des militants hésitants, sinon craintifs.

Et pourtant, d’année en année, les sondages révélaient que 35 à 40 % des électeurs voteraient oui à un référendum sur la souveraineté.

En préparation de la présente campagne électorale, le Parti québécois avait, en annonçant un Livre blanc et une vaste consultation publique sur l’avenir du Québec, de quoi satisfaire ses militants sans avoir à soulever la question souverainiste ou référendaire durant la campagne. Monsieur Lisée reprenait le couplet bien connu qu’il y aurait un référendum quand les gens seraient prêts. Cela pourrait se produire au cours d’un premier mandat, ou d’un deuxième ou d’un troisième. On verrait.

Le séisme

Arrive le tremblement de terre ! Pierre Karl Péladeau sera candidat du Parti québécois ! Il veut que l’indépendance du Québec se fasse ; il affirme que le référendum de 1995 nous a été volé. Pour la première fois, un des grands entrepreneurs du Québec veut devenir député du Parti québécois. Il ne craint pas l’indépendance, au contraire, il veut participer à sa réalisation.

Comme bien d’autres, je reprends espoir. Mais certains, ulcérés par la façon dont Pierre Karl Péladeau a mené ses relations de travail avec ses travailleurs, sont sceptiques, sinon franchement hostiles. D’aucuns pensent que son arrivée va accentuer ce qu’ils perçoivent comme le glissement du Parti québécois vers la droite. Ces gens-là, il faut les comprendre : ils sont déchirés entre leurs convictions souverainistes et l’idée qu’ils se font d’une société progressiste. Québec solidaire et Option nationale, vont, pour eux, jouer un rôle important. Et ce n’est pas avec un flot de paroles qu’on va réconcilier les uns et les autres. Il faudra que le Parti québécois pose des gestes concrets pour espérer la réconciliation. Retirer l’engagement de réviser la loi anti-briseurs de grève après ce qui s’est passé lors du lock-out du Journal de Montréal n’est peut-être pas l’idée du siècle.

Les dangers appréhendés

En tout cas, l’annonce de la candidature de monsieur Péladeau a soulevé des craintes quant à la liberté d’expression des journalistes et quant à l’influence que l’empire Québécor pourrait exercer sur le gouvernement. Les partis d’opposition ont poussé des hauts cris, ce qui va de soi. Mais il y a aussi chez bien des gens une sorte de gêne. Même si PKP a annoncé qu’il mettrait ses actions dans une fiducie sans droit de regard, ce qui est conforme à la loi, est-ce suffisant pour empêcher Québecor d’exercer une influence indue sur l’opinion publique et sur le fonctionnement du gouvernement ?

Pour ce qui a trait sur l’opinion publique et la liberté d’expression des journalistes, Québécor est dans une classe à part. Quarante de ses quarante-trois quotidiens sont anglophones. Plusieurs pratiquent allègrement le Quebec bashing. Dès l’annonce de la candidature de monsieur Péladeau, le vice-président, monsieur Garnett, chargé de la ligne éditoriale, a averti que ces journaux continueraient de prôner... l’unité du Canada.

Pour ce qui est des trois journaux québécois, dont bien sûr le Journal de Montréal, ils sont aussi dans une classe à part. Il n’y a jamais eu de page éditoriale, on n’a jamais dit aux gens comment voter et on s’arrange depuis les tout débuts pour que les chroniqueurs viennent de tous les horizons. Si on condamne ce genre de pratiques, que doit-on penser de celles de Power Corporation qui, par sa filiale Gesca, contrôle sept des treize quotidiens québécois, en incluant les deux gratuits.

Il est vrai cependant que l’influence d’un empire médiatique sur le fonctionnent et les orientations d’un gouvernement pose problème. La concentration des médias est devenue une préoccupation universelle. Leur influence, leur ingérence même, dans les affaires des gouvernements peut s’exercer de bien des façons, plus ou moins transparentes. Ainsi, dans mon cas, j’aurais bien aimé que monsieur Paul Desmarais siège devant moi à l’Assemblée nationale, plutôt que d’exercer sa considérable influence sur les affaires québécoises à Paris, à Ottawa, comme à Montréal et à Québec. Je suis certain que tout serait devenu beaucoup plus clair !

En tout cas, le débat est bien engagé. Après les élections, le Commissaire à l’Éthique et à la Déontologie devra trancher. Ça ne sera pas facile. Il faut éviter de démanteler une grande entreprise québécoise et à plus forte raison d’en déplacer la propriété et le contrôle à l’extérieur du Québec. Il faut aussi convaincre l’opinion publique que la liberté de presse ne sera pas menacée et que les dispositions seront prises pour éviter les conflits d’intérêt.

Dans l’intervalle, je suis simplement heureux de voir qu’enfin, la souveraineté du Québec est de retour au centre des débats. Il était temps.

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