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Alexandre Jardin

« J’ai cessé d’attendre des politiciens »

Alexandre Jardin
photo Chantal Poirier / Le Journal de Montréal «Il y a un truc qui fait que je reviens tout le temps au Québec: la joie. Vous avez réussi une société incroyable!»

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Au moment où le Québec s’apprête à élire un gouvernement, l’écrivain Alexandre Jardin nous invite à réfléchir autrement. Cessons de tout attendre de nos politiciens. Arrêtons de chercher des coupables ou des sauveurs et agissons! Nous l’avons rejoint à Paris, où il vient de lancer Bleu, Blanc, Zèbre, un mouvement d’action citoyenne qui veut redonner le pouvoir à la population.

Ce n’est ni un nouveau roman, ni un parti politique. Bleu, Blanc, Zèbre est un cri du cœur lancé par Alexandre Jardin qui, en riposte à l’impuissance politique, propose à la population de changer les choses par des actions concrètes.

«J’ai cessé d’attendre des politiciens, clame-t-il. Le moment est venu de régénérer notre démocratie par l’action civique. La démocratie ne se résume pas à une élection. Ne serait-ce que pour faire revenir la joie», suggère l’écrivain de 48 ans qui se dit «mortellement inquiet» pour son pays.

Avec un taux de chômage qui frôle les 10 %, une compétitivité au ralenti et un niveau de dette élevé, la France n’inquiète pas seulement l’auteur de Fanfan et du Zèbre.

«Je suis dans un pays qui cumule les révoltes. Seulement 8 % des gens font confiance aux politiciens, ce sont probablement les gens qui en vivent», blague-t-il.

Car Alexandre Jardin n’a pas envie de cesser de rire. Son geste ne représente surtout pas une forme de cynisme, qu’il a en horreur. Il précise d’ailleurs que ses membres – les zèbres – sont joyeux. «Ils jubilent!» Les casse-couilles ne seront jamais des nôtres, peut-on lire sur le site BleuBlancZèbre.fr.

Agir dans son milieu

Son mouvement civique réunit des gens qui se prennent «eux-mêmes pour point d'appui». Il rassemble pour l’instant une quarantaine de personnes, de parfaits inconnus, qui agissent dans leur milieu.

Alexandre Jardin cite l’exemple de Vincent Safrat, un éditeur qui, sans subvention du ministère français de la Culture, réussit à offrir chaque année à deux millions d’enfants moins favorisés, des livres pour aussi peu que 80 centimes d’euros, soit un peu plus d’un dollar.

«Il faut aider des types comme ça, lance le romancier avec enthousiasme. Il s’est dit, je veux que les enfants lisent. Il est plus puissant que le ministre de la Culture!»

Sur leur site, les «zèbres» se décrivent comme des gens qui réfléchissent à l’extérieur du cadre. Ils ne promettent rien, ils font. Ils ne cherchent pas le pouvoir, mais les résultats. Ils n’attendent rien d’en haut, ils s’emparent de leurs responsabilités. Ils ne cherchent pas de coupables, mais des solutions...

«On n’a pas besoin de pouvoir puisqu’on se l’est donné. On n’est pas candidat, on ne fait pas de politique, mais du politique. On s’occupe pour vrai des problèmes», explique-t-il.

Impuissance politique

Au lieu de râler contre l’échec scolaire, l’écrivain a lui-même démarré en 1999 un projet de 14 000 bénévoles retraités qui transmettent le plaisir de la lecture dans les écoles pour 400 000 enfants.

Celui qui, dans ses premières œuvres, s’est abondamment penché sur le déclin de la passion, s’emporte lorsqu’il évoque l’impuissance de la classe politique.

«Je n’en peux plus de toutes ces lois qui ne changent rien. Je ne crois plus du tout à l’action qui vient d’en haut. L’idée d’être ministre me casse les pieds», lance-t-il en riant.

Depuis le début de la conversation, l’auteur n’évoque ni le nom de François Hollande, ni celui de Nicolas Sarkozy, ce qui n’a rien d’un hasard, confie-t-il.

«Je ne me lève pas le matin en cherchant des coupables, tranche-t-il. Évidemment qu’ils ne m’enthousiasment pas beaucoup. Je rappelle que 92 % des gens n’ont plus confiance, ça commence à faire beaucoup de monde. Et je trouve mes zèbres beaucoup plus rigolos!»

Alexandre Jardin ne croit tout simplement plus aux sauveurs. Sur le site des Zèbres, on célèbre l’absence d’homme politique providentiel à l’Élysée.

C’est à nos yeux «une chance historique, une opportunité rare et précieuse, écrit-on. Ce vide oblige la société civile à devenir adulte, à se prendre en main. Elle ne doit plus rien espérer venant d’en haut...»

Le « désarroi » québécois

Père de cinq enfants, dont un qui étudie l’administration à l’Université McGill, à Montréal, Alexandre Jardin affirme vivre une véritable passion avec le Québec où il vient pratiquement passer tous ses étés.

«Il y a un truc qui fait que je reviens tout le temps au Québec: la joie. Vous avez réussi une société incroyable!»

Prudent, il évite soigneusement de s’inviter dans la campagne électorale québécoise qu’il dit suivre «de loin». Même si les principes de la laïcité lui tiennent à cœur, il se garde bien de se prononcer sur la Charte des valeurs québécoises. L’écrivain confiera cependant qu’il perçoit «beaucoup de désarroi» lorsqu’il vient chez nous.

«Je vois bien qu’il y a un décalage entre une vitalité et une vie politique québécoise dans laquelle vous avez du mal à vous reconnaître. Et la corruption, ça ne ressemble pas aux Québécois!»

Alexandre Jardin ne s’en cache pas, un jour, il viendra s’installer au Québec.

«Je préférerais venir m’installer ici lorsque la France ira mieux. Je n’ai pas envie de fuir, je ne me sentirais pas à l’aise. Je veux faire ma part.»

L’homme affirme ne plus croire à ceux qui disent, mais à ceux qui font. Il invite la population à reprendre le pouvoir sur leur vie. Depuis le lancement de son rassemblement de «faiseurs», l’écrivain affirme recevoir des Tweets enthousiastes de Québécois qui veulent changer des choses.

«Il y a un intérêt du Québec. Moi, je dis si mon site vous emballe, faites de même. C’est merveilleux de gouverner soi-même!»

 

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