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Essais

De Raël à Accurso

Jacques Lanctot chronique
Photo Courtoisie Scènes d’une époque trouble / Carnet d’un avocat Louis Demers, Éditions Liber

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Avocat, c’est ma vocation ratée. Produit du collège classique, je pense que j’y ai reçu une bonne formation. Si c’était à refaire, j’y retournerais volontiers, mais sans les soutanes, même si je reconnais, à l’instar de l’auteur Louis Demers, que les communautés religieuses ont beaucoup donné à la société et que les prêtres «n’étaient pas tous des pédés».

Avocat, c’est ma vocation ratée. Produit du collège classique, je pense que j’y ai reçu une bonne formation. Si c’était à refaire, j’y retournerais volontiers, mais sans les soutanes, même si je reconnais, à l’instar de l’auteur Louis Demers, que les communautés religieuses ont beaucoup donné à la société et que les prêtres «n’étaient pas tous des pédés».

Scènes d’une époque trouble est un petit bijou de livre.

L’avocat Louis Demers nous livre en pâture une quinzaine d’épisodes truculents de sa pratique juridique.

La cause la plus surprenante est celle qui l’opposa à Claude Vorilhon, alias Raël. Celui-ci poursuivait deux journalistes pour avoir publié un ouvrage dans lequel ils avaient un peu trop cité, sans autorisation, des passages de son propre livre.

Demers plaida que les Élohim, ces extraterrestres qui ont choisi Raël pour en faire leur émissaire, étaient les véritables auteurs de l’ouvrage et que la poursuite était donc mal fondée. «Le juge était renversé tant par toute cette affaire que par l’à-propos de ma plaidoirie. Les gens qui se trouvaient dans la salle étaient bouche bée. […] Ma requête fut accueillie et le dossier clos. J’avais gagné.»

L’avocat d’Accurso

L’auteur raconte comment il a rencontré Tony Accurso, lors d’une activité politique avec Jacques Parizeau. L’homme d’affaires était un libéral et il s’apprêtait à voter NON au référendum de 1995. Mais par amitié pour Clément Godbout, président de la FTQ, il votera OUI.

«Peu d’hommes d’affaires québécois le firent. Encore moins ceux qui étaient d’origine italienne.» Accurso fut l’un des tout premiers actionnaires du Fonds de solidarité des travailleurs et c’est «grâce à ce fonds d’investissement qu’il put acquérir la compagnie Simard-Beaudry, fleuron des compagnies de construction québécoises», évitant ainsi qu’elle passe dans les mains d’une multinationale étrangère.

Demers sera l’avocat d’Accurso dans plusieurs causes contre des journalistes de Radio-Canada.

Lors des funérailles de Nick Rizzuto junior, le fils du chef présumé de la mafia à Montréal, un journaliste de la CBC et un autre de Radio-Canada croient apercevoir Accurso dans un véhicule aux vitres teintées. Sa photo a largement circulé au cours des derniers mois. Pas besoin de vérifier si c’est exact, la nouvelle sort aux nouvelles télévisées. Or Accurso est à Hawaï. Il appelle donc Demers pour qu’il démente cette fausseté. «Trois semaines plus tard, après de longues et pénibles vérifications auxquelles mon client dut se soumettre, Céline Galipeau, chef d’antenne au bulletin de nouvelles de 22 h, présenta à l’ensemble de son auditoire des excuses pour cette information erronée. Cependant, elle n’en présenta aucune à Tony Accurso.»

Tordant également la rencontre entre Accurso et le journaliste Alain Gravel, de Radio-Canada, dans une épicerie italienne du boulevard Saint-Laurent. Accurso se présente et Gravel lui répond: «Qui êtes-vous?» Il traquait Accurso depuis des mois et il n’était pas foutu de le reconnaître!

À lire avant d’aller voter, pour faire rougir «les gardiens de la pureté».

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