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Le Québec | Une histoire de famille

Les Boivin

Le maire et son zoo

Les Boivin

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Certains maires marquent leur époque et leur ville. C’est le cas d’Horace Boivin qui, en plus de diriger les destinées de Granby de 1939 à 1964, allait fonder le plus important parc zoologique du Québec.

Certains maires marquent leur époque et leur ville. C’est le cas d’Horace Boivin qui, en plus de diriger les destinées de Granby de 1939 à 1964, allait fonder le plus important parc zoologique du Québec.

Dans l’arbre généalogique de la plupart des Boivin du Québec, on risque de tomber sur un certain Pierre Boivin (1643-1709). Originaire de Rouen, en Normandie, ce maçon arrive en Nouvelle-France au début des années 1660. En 1664, il épouse Étiennette Fafard et s’installe sur la côte de Beaupré.

As des relations publiques

La ville de Granby aurait été fondée par des Américains originaires du Vermont et du New Hampshire. Pendant une bonne partie du 19e siècle, ce sont des anglo-protestants qui tiennent les cordons de la bourse et dirigent cette ville dynamique, où prospèrent les industries du textile, du tabac et du caoutchouc.

Au tournant du 20e siècle, une bourgeoisie canadienne-française en vient à s’imposer. Un certain Ernest Boivin fonde en 1909 la Granby Elastic Web, une fabrique de tissus qui, au milieu des années 1930, faisait travailler plus de 700 personnes. En 1938, il cède son entreprise à son fils Horace (1905-1994), un as des relations publiques.

Maire pendant 25 ans, cet homme rassembleur et indépendant de fortune fait énormément progresser sa ville. De 1939 à 1960, le nombre d’usines passe de 32 à 94 à Granby et la valeur annuelle de la production est multipliée par neuf. Bien sûr, la ville profite d’une conjoncture économique exceptionnelle. Mais les démarches du maire pour faire connaître sa ville lors de grandes foires internationales auraient également joué un rôle important.

En 1951, lors d’un congrès de l’Union internationale des villes qui se tient en Angleterre, Boivin remet aux premiers magistrats des grandes métropoles du monde une clef d’or de sa municipalité. Les maires de Paris, Londres et Rome deviennent aussitôt des citoyens honoraires de Granby. L’opération ne passe pas inaperçue: l’Evening Post de Londres trace le portrait de «l’homme aux clefs d’or». Deux ans plus tard, l’Office national du film lui consacre un documentaire élogieux. Une légende est née!

Un ours noir contre un chimpanzé

Horace Boivin était connu pour son intérêt marqué pour les animaux exotiques. Il en avait d’ailleurs adopté quelques-uns qui vivaient dans sa cour. En 1946, il les cède à la Ville, qui ouvre un minuscule parc zoologique. On y trouve cinq cerfs de Virginie, trois wapitis et trois bisons.

Les dirigeants de Granby constatent rapidement le potentiel touristique de ce parc. En 1953, ils fondent une Société zoologique et aménagent une aire de divertissements pour les enfants. Pour se développer, il faut cependant plus... Peut-être parce qu’on soupçonne Boivin d’être d’allégeance libérale, le gouvernement de l’Union nationale se montre bien chiche.

Au lieu d’attendre un gros chèque de Québec, le maire de Granby fait preuve d’imagination. Il a l’excellente idée de proposer aux grands zoos du monde de troquer certains de leurs animaux exotiques contre des castors ou des ours noirs. Dans un monde encore marqué par les déchirements de la guerre, il y voit un moyen de créer un rapprochement entre les peuples.

Son plan fonctionne: le zoo de Paris lui envoie un chimpanzé; celui de Londres, des zèbres, un léopard et un chameau; ceux de New York, de Chicago et de Washington emboîtent le pas. Les animaux en provenance d’Europe sont transportés gratuitement par un bateau allemand. Leur capitaine remercie ainsi le maire Boivin d’avoir tendu la main à son peuple, alors que le monde entier lui tournait le dos.

En 1955, le zoo reçoit son premier éléphant, un cadeau du premier ministre indien, touché par une pétition signée par des enfants de Granby.

En 1960, le zoo de Granby comptait déjà 350 animaux.


Mario Gendron, Johanne Rochon, Richard Racine, Histoire de Granby, Société d’histoire de la Haute-Yamaska, 2001.

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