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Médias et solitudes: one more time...

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(An English version will NOT follow: I know that a lot of you now read French well enough to understand this.)

Chers concitoyens anglos-montréalais,

si vous trouvez qu'on ne s'intéresse pas assez à vous dans nos médias,  j'ai un truc: déclarez quelque chose au sujet de nos artistes (musiciens, comédiens, réalisateurs...) et de nos émissions de télé.  N'importe quoi. De toute façon, il n'y a pas 36 000 options. Ce peut être:

a) Pour expliquer à quel point vous n'avez AUCUNE idée de qui sont ces artistes qui, pourtant, sont des vedettes chez les francophones. (Comme Marie-Mai, par exemple.) C'est le scénario le plus classique. Comme les "Ces-gars-là", avec Simon-Olivier Fecteau et Sugar Sammy: une bonne entrée en matière "télé francophone 101"commentaires qui vont en découler. Un échantillon: "les Anglos nous ignorent et nous méprisent"; "ils ne se rendent même pas compte qu'ils vivent au Québec"... Etc. Vous faites vibrer à plein le complexe d'infériorité des Québécois, une de nos fameuses "cordes sensibles", toujours bien présente. Vous ne serez pas très populaire. Mais on va parler de vous. Et même, solliciter vos commentaires, avec un zèle un peu masochiste.

b) Pour, au contraire, partager avec vos compatriotes anglophones votre découverte d'un artiste, d'une oeuvre culturelle quelconque et, ainsi, d'un pan de la culture québécoise. Ces temps-ci, le dernier album de Serge Fiori serait tout indiqué. Ou encore, n'importe quelle émission de télévision. Ces gars-là, avec Simon-Olivier Fecteau et Sugar Sammy, qui joue justement à plein sur nos divergences culturelles, est un bon début. Et dans ce cas, vous serez vraiment "en business", si vous me passez l'expression: on va solliciter autant vos commentaires, mais en plus, en vous accueillant en héros, pratiquement. En Anglo éclairé, plus ouvert, qui a compris ce que d'autres n'ont pas encore compris. (Vous venez encore jouer, en fait, sur notre complexe d'infériorité. Mais d'une autre façon. Et, chut, il ne faut pas le dire....)

C'est ce qu'est en train de pleinement découvrir, j'ai l'impression, mon collègue Brendan Kelly, journaliste culturel et blogueur  à The Gazette. Qui, en écrivant à deux reprises au sujet de nos fameuses solitudes (d'abord ici, puis ici), s'est retrouvé, entre autres, interviewé à l'émission de Paul Arcand.

Pour dire et écrire quoi? Un peu toujours la même chose, finalement:

- C'est vrai que les Anglos pourraient faire un effort pour s'intéresser un peu plus à ce qui se passe dans notre culture. Après tout, ils vivent ici, non ? Et ils auraient tout à y gagner. Et puis,

- Est-ce que les francos connaissent tellement mieux la culture anglo ? Canadienne-anglaise en général (on vit encore dans le même pays jusqu'à nouvel ordre, après tout), et anglo-québécoise, et anglo-montréalaise... Et puis, au fait, si l'acceptation et l'ouverture sont tellement importantes, pourquoi ne voit-on pas plus d'Anglos dans nos émissions de télé ? Et de minorités visibles en général ?

Et puis, pour finir avec ce que j'ai déjà écrit sur le sujet :

- C'est quand même intéressant, au final, d'avoir ainsi, dans la même ville, deux communautés tellement riches, et tellement enracinées. On a en quelque sorte deux villes pour le prix d'une. On peut voyager sans avoir à bouger. Fascinant, non ?

- Et puis, chers anglos, pardonnez-nous d'oublier trop souvent les complexes que vous cultivez, de votre côté.  J'en avais déjà parlé ici. Il y a, pour commencer, ce vertige de l'américanisation. C'est vrai, quand on y pense: qu'est-ce qui vous différencie tant que ça des Américains, en fin de compte ? Il y  a, dans la réponse, un élément qui vous énerve particulièrement: c'est, beaucoup, la présence de francophones. Ces mêmes francophones dont beaucoup vous font tellement suer. Dur à prendre, quand même. On devrait peut--être essayer de comprendre ça un peu mieux...

Qu'en pensez-vous ?

 

3 commentaire(s)

J-F. Couture dit :
25 mars 2014 à 23 h 51 min

@M-C.D; «C’est vrai, quand on y pense: qu’est-ce qui vous différencie tant que ça des Américains, en fin de compte ? Il y a, dans la réponse, un élément qui vous énerve particulièrement: c’est, beaucoup, la présence de francophones. Ces mêmes francophones dont beaucoup vous font tellement suer. Dur à prendre, quand même.»

Quand j'ai lu ça, je n'ai pu réprimer un sourire. Voilà exactement ce que je disais à mes compatriotes de l'autre langue officielle quand je vivais hors-Québec au début de ma carrière et que je me faisais soit questionner soit engueuler, dépendant des circonstances. Je ne vous cacherai pas que des fois, exaspération aidant, j'enfonçais le clou encore plus loin. Et le tout, bien entendu, dans mon anglais sans accent particulier, cadeau de mon ascendance irlandaise qui, «grâce» aux Brits, avait délaissé le Gaélique pour adopter la langue du colonisateur.

C'est ce que j'appelais, à l'époque, un «backfire». Entéka, merci pour ce texte qui m'a fait remonter un bon 40 ans en arrière.

Denis Mercier dit :
26 mars 2014 à 11 h 32 min

"Sans technique, un don n'est rien qu'une sale manie"

G.Brassens

La culture est un don, un héritage, et une sale manie aussi si on veut bien considérer la chose sous cet angle. Qu'est-ce qui faudrait pour "L'upgrader" alors ? Peut-être justement lui enlever son vernis déjà en la considérant comme une simple manie parmi d'autres manies que peuvent avoir d'autres gens.

C'est un peu comme la famille d'ou l'on vient, c'est correct c'est bien mais elle nous apparait comme une limite à un moment et en effet limite il y a . Limite donc qu'il faut dépasser.

C'est comme tout, je suis un homme, c'est très correct d'être un homme, quelques uns de mes meilleurs amis sont des hommes. Mais il n'y a pas lieu d'en faire des caisses non plus, c'est un état d'être qui m'est transparent mais n'est pas le seul. En fait, je m'aperçois que je suis un homme lorsque je considère une femme. Hug! femme pas pareil que moi ! Hug ! petits Frétillements dans moi !Et là, il faut que je calme mes hormones avec cette différence constatée.

Au Québec, on est spécial, on a pas nos limites à nous, on a les limites et l'orgueil de la France. Je regardais cette semaine Martin Matte imiter un Français et il m'a fait rire de bon coeur et sainement. Ça fait du bien de revenir dans ses souliers à soi. On aurait grandement besoin de calmer notre pompon culturelle français et laisser advenir notre propre culture. Dans ce sens-là on est comme les Canadiens-Anglais dans leur relation avec les États-uniens peut-être (?)

C'est rendu hypertrophié la place de la langue dans la politique. Moi je ne crois pas tellement aux biens collectifs comme la culture. Peut-être qu'on a tous une culture individuelle finalement. Je ne parle pas la même langue que Denise bombardier, je ne lis pas les mêmes livres qu'une personne qui a peur des musulmans, je mange peut-être cachère mais c'est sans le savoir et donc sans valeur comparative.... on a tous nos manies.

Amit P. dit :
26 mars 2014 à 15 h 50 min

Par rapport au dernier point, il y a plus que juste la présence des francophones qui sépare les Anglo-Canadiens et les Américains. C'est une différence de mentalité qui est peut-être un peu subtile mais est quand-même là... Cette différence a aussi échappée la compréhension de beaucoup de mes amis américains quand j'habitait aux É-U, mais essayez de vivre un peu là-bas et ça devient très évident aux yeux canadiens (que ceux soient des yeux francophones ou anglophones).

À part de ça, très bon texte, merci !