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Au-delà des apparences

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Pierre Karl Péladeau doit-il se départir de ses actions dans Québecor? Si le but poursuivi est uniquement de sauver les apparences, peut-être.

Pierre Karl Péladeau doit-il se départir de ses actions dans Québecor? Si le but poursuivi est uniquement de sauver les apparences, peut-être.

Concrètement, cependant, il est fort peu probable que son arrivée en politique modifie la stratégie d’affaires des divers médias du groupe.

Malgré la déferlante de considérations morales qui a suivi le saut en politique de M. Péladeau, le réalisme économique suggère que cette apparence de conflit d’intérêts ne restera que cela… une apparence de conflit d’intérêts.

Pourquoi? Tout simplement parce qu’une entreprise de presse ne peut abuser de la partisanerie politique sans en payer le prix.

Un empire commercial

Je n’ai pas la naïveté de croire qu’un empire de la taille de Québecor n’exerce aucune influence sur l’opinion des votants québécois. Pas plus que je ne crois que les chroniqueurs et journalistes du groupe (comme ceux des autres médias) sont des modèles d’objectivité, et qu’aucun intérêt partisan ne transpire de leur propos. Ce sont des humains!

Dans mon esprit, par contre, nos grands médias font d’abord et avant tout des affaires. Ce sont des entreprises commerciales qui cherchent à soutirer le maximum de profit du segment de marché qu’ils exploitent. C’est ce qui leur permet de vivre et de prospérer dans une industrie fortement concurrentielle.

La dictature des annonceurs

De nos jours, les médias tirent la majeure partie de leurs revenus de la publicité. Or, la valeur des espaces publicitaires s’accroît avec la masse et la variété du public qu’ils rejoignent.

La dure réalité économique d’un média, c’est qu’il doit constamment chercher à élargir ou, à tout le moins, à maintenir l’éventail de sa clientèle.

Pourquoi mettrait-on en cause le fragile équilibre d’une recette d’affaires qui a permis à Québecor de devenir l’une des plus importantes entreprises de presse au Canada? Pourquoi prendrait-on le risque de s’aliéner une partie de la clientèle et de faire fuir les annonceurs chez les concurrents? Aucun actionnaire ou gestionnaire d’un groupe de presse n’accepterait de courir un tel risque financier, y compris M. Péladeau.

Il est donc peu probable que l’entrée en politique de PKP apporte un changement notable dans la diversité et l’équilibre des contenus véhiculés par les médias du groupe Québecor. Il y a peu de raisons de croire que le Journal deviendra subitement plus ou moins indépendantiste et pro-charte des valeurs qu’il l’est déjà.

Les bienfaits de la concurrence

N’en déplaise à ceux qui s’entêtent à nous protéger contre les apparences, les consommateurs d’information et les annonceurs ne sont pas captifs du Journal ou de TVA. Ils ont toujours à leur disposition la SRC, La Presse, Le Devoir et quelques centaines d’autres quotidiens, stations de radio, postes de télévision et médias électroniques pour s’informer ou pour publiciser leurs produits.

Cette concurrence entre médias s’avère d’ailleurs la meilleure protection du public contre les dérives médiatiques. Elle fait sans aucun doute davantage pour la liberté de presse et la probité de nos politiciens, que ces lois, ces codes de déontologie et ces commissaires à l’éthique mis en place par nos gouvernements.

 
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