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Jeux de pouvoir

La suite des choses

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Les Québécois doivent respirer un peu mieux, soulagés à l’idée qu’il n’y aura pas de référendum. Du moins pas tant qu’ils ne seront pas «prêts» à réfléchir à leur avenir. Ce qui risque de prendre une éternité...

Les Québécois doivent respirer un peu mieux, soulagés à l’idée qu’il n’y aura pas de référendum. Du moins pas tant qu’ils ne seront pas «prêts» à réfléchir à leur avenir. Ce qui risque de prendre une éternité...

Si le Directeur général des élections a été tenté de déclencher l’alerte référendaire au lendemain d’une éventuelle réélection du PQ, un communiqué émis hier matin est venu jeter une douche froide sur les partisans du pays: le DGE ne croit pas à la tenue d’un référendum dans un «avenir imaginable».

C’est, à mon avis, l’adjectif le plus original de la campagne électorale. On ne peut donc avoir peur de l’inimaginable, on ne conçoit même plus qu’un référendum puisse avoir lieu prochainement, plus tard ou dans un avenir plus lointain encore.

Le référendum étant lui-même inimaginable, le pays l’est encore plus. Ça me rappelle Brault qui disait: il n’y a pas, il n’y aura pas, il n’y a jamais eu de pays… On a préféré l’État, se construire un succédané, un substitut à l’indépendance qui a fini par neutraliser ce qu’on appelait jadis «les forces vives».

Réaction négative

Pauline Marois a été limpide au débat de jeudi et, hier, Jean-François Lisée, résigné, a hissé le drapeau blanc: «J’ai rarement été aussi pessimiste que maintenant», a-t-il confié aux journalistes couvrant la campagne électorale. Presque vingt ans après la défaite de 1995, nombreux sont les indépendantistes comme lui à envisager l’avenir l’esprit aussi vide que le regard.

Le ministre des Relations internationales, qui se disait «pressé» il y a quelques jours, a été renversé par la réaction négative des Québécois, farouchement réfractaires à l’idée de refaire la bataille référendaire. «Ils veulent se concentrer sur autre chose», a-t-il dit.

Sur quoi voudraient donc se concentrer les Québécois? Des sondages ont montré au cours des dernières années que la population jugeait que le Québec n’allait pas dans la bonne direction. Les contribuables sont plus préoccupés qu’on le croit, et peut-être plus que leurs propres dirigeants, devant le délabrement des finances publiques et l’ampleur de la dette. Tout le monde sait bien qu’un jour ou l’autre, il faudra passer à la caisse; le Québec ne peut réinventer le capitalisme, n’en déplaise à Québec solidaire.

Les gens sont exaspérés par les sempiternels problèmes des réseaux de la santé et de l’éducation, deux enfants gâtés insatiables, évoluant dans leur réalité propre où les seuls changements visibles sont ceux qui assurent la progression de tout un chacun dans les échelles salariales, les concierges comme les médecins.

Ça coûte de plus en plus cher, mais rien ne change: les urgences restent encombrées, les médecins de famille inaccessibles, le décrochage scolaire endémique, les infrastructures en perdition, etc. Tout ça pendant que l’économie peine à soutenir la concurrence malgré les milliards éparpillés en subventions.

Décadence

Le modèle québécois est défectueux à plusieurs égards, mais l’aristocratie syndicale a des places réservées sur les plateaux de télévision et parvient encore à convaincre la majorité taxable que le statu quo est le seul choix prometteur. Nombreux sont tout de même ceux qui croient à notre irrévocable décadence.

M. Lisée estime que la peur de l’échec empêche les Québécois d’embrasser l’idée de l’indépendance. Sans doute aussi l’ignorance de ce qu’est la liberté quand on croit l’avoir. «Nous sommes un peuple faible, très faible, faiblard. C’est heureux, car la guerre civile ne serait pas exclue», écrivait Vadeboncoeur en 2001.

Ce qui nous amène forcément aux «vraies affaires». À celles d’importance coutumière comme la langue, la laïcité, etc. Des sujets propices aux fondues chinoises, qui n’ont heureusement rien de révolutionnaire. C’est presque un passe-temps de discuter de la langue. Philippe Couillard a échappé une déclaration malheureuse sur ce sujet au débat. Le lendemain, Pauline Marois annonçait une nouvelle charte de la langue française. Tant de sincérité est innommable…

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