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Le Québec | Une histoire de famille

Les Macdonald

De la gibelotte au prétoire !

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La profession d’avocat a longtemps été la chasse gardée des hommes. Jusqu’en 1941, il n’était pas question qu’une femme accède à cette prestigieuse carrière qui menait parfois à la magistrature ou au Parlement. Pour faire sauter ce verrou, des juristes comme Annie Macdonald Langstaff ont dû mener des luttes pionnières.

La profession d’avocat a longtemps été la chasse gardée des hommes. Jusqu’en 1941, il n’était pas question qu’une femme accède à cette prestigieuse carrière qui menait parfois à la magistrature ou au Parlement. Pour faire sauter ce verrou, des juristes comme Annie Macdonald Langstaff ont dû mener des luttes pionnières.

On ne peut relier les MacDonald du Québec à un seul ancêtre. Les porteurs de ce patronyme peuvent avoir des origines irlandaises ou écossaises. Selon les familles, le patronyme s’écrit Macdonald, Mac Donald ou McDonnell.

« Gardienne du foyer »

Nos grands-mères nous l’ont assez répété: il était généralement mal vu pour une femme de travailler à l’extérieur du foyer contre rémunération, surtout si elle était mère de famille. Les institutrices quittaient leur profession dès qu’elles se mariaient. Certaines célibataires ou veuves étaient secrétaires, sténographes ou infirmiè­res, mais les carrières «nobles» (comme la médecine, le droit ou l’ingénierie) restaient masculines.

C’est que pour y accéder, il fallait faire un cours «classique», des études secondaires de huit ans qui permettaient de s’inscrire à l’université. Or ce n’est qu’en 1908 que le premier collège classique féminin a ouvert ses portes à Montréal. Le second a été inauguré en 1925 à Québec.

De nombreux hommes croyaient alors que cette formation prolongée ne convenait pas aux femmes. «On devrait préparer moins de demoiselles qui savent la sténographie et plus de bonnes filles sachant tricoter, planter des choux et préparer une bonne gibelotte», tonna un jour de 1926 le député de Chicoutimi Gustave Delisle, chaudement applaudi par ses collègues masculins.

Malheureusement pour le député Delisle, Annie MacDonald Langstaff (1887-1975) se passionnait davantage pour le droit que pour la gibelotte! Originaire d’Alexandria, en Ontario, la jeune femme s’établit à Montréal et mène une vie très autonome – elle vit séparée de son mari. Sténographe judiciaire dans un bureau d’avocats réputés, elle décide de s’inscrire en droit à l’Université McGill en 1911. Trois ans plus tard, le Barreau refuse qu’elle passe les examens. Raison invoquée? Elle n’a pas la permission écrite de son mari...

Soutenue par son ancien patron, l’avocat Samuel William Jacobs, elle porte sa cause devant la Cour supérieure du Québec. Le 12 février 1915 un juge confirme la décision du Barreau et lui suggère de se «conformer aux exigences de son sexe» et «d’être la vigilante gardienne du foyer». Annie MacDonald conteste cette décision.

Le 2 novembre suivant, les juges de la Cour d’appel, sans lui donner raison, demandent aux politiciens de trancher la question.

Obtenir justice

En février 1916, le jeune député Lucien Cannon défend l’accès des femmes à la profession d’avocat. «Il ne s’agit pas d’endosser, précise-t-il, toutes les réclamations extravagantes des promotrices du mouvement féministe (...), mais bien simplement de donner aux femmes un privilège qui leur a été accordé ailleurs et qui ne met nullement en danger l’ordre sociale dans lequel nous vivons.»

Les arguments des opposants sont toujours les mêmes. On estime d’abord que la profession d’avocat est déjà trop encombrée. On avance aussi que les chastes oreilles des femmes doivent être protégées de toutes les vulgarités qui se disent au tribunal. On croit enfin que cette mesure provoquera la «ruine du foyer»...

Malgré d’autres tentatives infructueuses, certaines militantes, comme Marie Gérin-Lajoie et Idola Saint-Jean, continueront la lutte. En 1941, un an après avoir obtenu le droit de vote des femmes, elles peuvent crier victoire. Grâce à une décision du gouvernement libéral d’Adélard Godbout, les femmes peuvent enfin exercer la profession d’avocate.

Le 14 juin 2006, Annie MacDonald Langstaff se voyait décerner, à titre posthume, la médaille du Barreau pour son combat.

Aujourd’hui, 47% des 23 263 membres du Barreau sont des femmes. Sur les 8218 avocats qui ont moins de 10 ans de pratique, 61% sont des femmes.

(Gilles Gallichan, Les Québécoises et le barreau. L’histoire d’une difficile conquête, Septentrion, 1999.)

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