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Mémoire courte et langue fourchue

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J’étais sur le point de déplorer le fait que la question linguistique ait été pratiquement évacuée de la présente campagne électorale, mais voilà que le chef du Parti libéral du Québec vient de se mettre les deux pieds dans la bouche.

J’étais sur le point de déplorer le fait que la question linguistique ait été pratiquement évacuée de la présente campagne électorale, mais voilà que le chef du Parti libéral du Québec vient de se mettre les deux pieds dans la bouche.

La responsabilité du premier ministre du Québec a ceci d’immense qu’elle consiste d’abord et avant tout à protéger et promouvoir notre langue, à titre de chef de gouvernement du seul État français en Amérique du Nord.

Sa détermination ne doit laisser aucun doute. C’est pourquoi j’ai été estomaquée d’entendre les propos de Philippe Couillard qui préconise le bilinguisme des travailleurs, sur le plancher des usines, au cas où, s’est-il défendu, un acheteur étranger viendrait les visiter et leur poser des questions sur le produit…

Français, langue de travail

Cette approche, aux relents de colonialisme, revient tout simplement à balayer du revers de la main l’un des aspects les plus importants de la loi 101, à savoir que les travailleurs du Québec ont le droit fondamental de travailler en français. La nécessité de connaître une autre langue, en l’occurrence l’anglais, doit être démontrée par l’employeur et justifiée.

Ainsi, dans le cas de l’usine dont parlait M. Couillard, il doit y avoir quelques postes bien identifiés où la connaissance de l’anglais peut être requise, mais dans l’ensemble, sur le plancher comme dans les bureaux, le français doit être la langue courante de travail. Alors, qu’un PDG ou des représentants s’occupent des acheteurs étrangers et bouclent la vente, c’est une chose. Bilinguiser l’entreprise en est une autre! La visite de l’acheteur en usine ne constitue en aucune façon une légitimation d’étendre le bilinguisme à tous ceux qui travaillent à cet endroit.

Car comment alors convaincre les francophones de partout au Québec qu’il existe un avenir pour le français sur notre bout de continent si on ne peut y vivre et gagner sa vie en français? Comment convaincre les nouveaux arrivants de maîtriser la langue française si, partout, on exige d’eux qu’ils connaissent l’anglais?

Sans oublier que le français demeure l’une des dix grandes langues internationales, parlée qu’elle est par plus de 200 millions de locuteurs répartis sur les cinq continents. Une langue qui progresse, notamment en Afrique où la population croît de façon exponentielle et où un décollage économique se fait bel et bien sentir.

De surcroît, l’avenir de l’humanité passe par le multilinguisme en cette ère de mondialisation grâce à des pays émergents populeux qui tiennent, eux aussi, à parler leur langue. Les Russes, les Brésiliens et les Chinois ne se mettront certainement pas tous à l'anglais.

Au moment de voter, les Québécois, tout en prenant en considération l'ensemble des programmes des partis politiques, devraient, me semble-t-il, confier le pouvoir à l'équipe qui s’engage le plus fermement faveur de la langue française, de la culture québécoise et de l’identité, ce qui inclut bien sûr la charte de la laïcité. Sur ces questions et sur bien d'autres, l’avantage du Parti québécois est indéniable. Et décisif.

 

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